Le nouveau souffle de la navale bretonne

C’est une bataille navale comme hélas, on n’en avait pas vu depuis un bail. Deux entreprises françaises se sont affrontées pour la reprise d’un chantier naval breton, dans un Hexagone  où les uns après les autres, des sites de construction ou d’entretien de navires ont parfois mis la clef sous la porte sans la moindre proposition de reprise. Et c’est la société Kership, signature combinant breton et anglais, qui a emporté le morceau face à la société Construction mécanique de Normandie qui lorgnait aussi sur cet espace de construction pourtant éloigné de ses bases.

Ici, on est au chantier naval STX de Lanester, près de Lorient,  connu jusqu’en 2006 sous le nom de Alstom Leroux Naval. STX France, qui se concentre sur d’autres activités avec les paquebots de Saint-Nazaire, a mis en en vente ce chantier pour lequel elle peinait à décrocher des contrats et où ne travaillent plus aujourd’hui qu’une quarantaine de salariés.

Cette reprise par Kership est une bonne nouvelle à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle confirme le bien fondé de la création de cette société,  conjointe aux chantiers Piriou de Concarneau (55%) àet  la DCNS (45%), alliés depuis 2013 notamment pour la construction de navires d’action d’Etat en mer. Pour DCNS, cette société ne représente  qu’une goutte d’eau dans l’océan d’un groupe qui vient de se distinguer par un contrat record de livraison de sous-marins à l’Australie. Pour Piriou, en revanche, c’est une nouvelle étape importante dans la mesure où elle offre un site proche à une entreprise trop à l’étroit dans ses murs de Concarneau. La société connaît un fort développement depuis dix ans puisqu’elle a quadruplé son chiffre d’affaires sur cette période (actuellement plus de 100 millions en Bretagne) avec son site concarnois multi-fonctions. Il va des petits bâtiments de Défense au yacht de luxe en passant par les remorqueurs ou le patrouilleur pour site polaire. Mais avec bien moins de bateaux de pêche qui furent naguère le cœur de métier de Piriou. Les commandes sont devenues si rares.

Avec ce site, Piriou a l’assurance de disposer d’espace mais aussi d’un contingent de travail de 50.000 heures/an, garanti par DCNS. Leur société conjointe a du reste d’ores et déjà annoncé qu’elle triplerait l’effectif du chantier de Lanester dans les cinq ans à venir.

Venant après les commandes record de paquebots à Saint-Nazaire et de sous-marins, enregistrées toutes deux en ce début d’année, cette reprise fait souffler un petit vent porteur. Elle est synonyme de recherche d’espaces pour les activités liées à la construction navale où l’éventail s’est singulièrement élargi ces dernières années avec le matériel destiné aux énergies renouvelables. Le polder de Brest, jadis gagné sur la mer avec les remblais de la grande cale de radoub et d’Océanopolis, est une importante réserve foncière destinée notamment à accueillir le montage des éoliennes du futur champ marin de la baie de Saint-Brieuc. Mais la place (17 hectares) ne manquera pas pour d’éventuels autres chantiers sur cette extension du port de Brest en cours d’aménagement.

René Perez
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