Le Drian a fait le vide

Les circonstances n’autorisant pas les démonstrations de joie, encore moins de sa part, Jean-Yves Le Drian a eu le triomphe modeste dimanche soir. Courte allocution et bref passage chez les militants. Il a poursuivi dans cette démarche de sobriété et d’économie des mots qui lui a si bien réussi ces dernières semaines. Car qui aurait parié, il n’y a guère plus d’un mois, que les régionales en Bretagne allaient accoucher d’un scénario aussi ébouriffant. En octobre, les sondages le donnaient certes vainqueur au second tour mais le plaçaient pratiquement à égalité, au premier tour, avec son principal opposant, Marc Le Fur, chef de file de la droite. Deux mois et quelques événements plus tard, non seulement sa victoire est la plus large du pays (il est le seul en France à avoir passé les 50% dans une triangulaire) mais il a éparpillé, façon puzzle, tous ceux qui se sont opposés à lui.

Première victime de marque : Le Fur. Le député costarmoricain qui comptait profiter de ce scrutin pour établir son leadership sur la droite bretonne, en panne de chef de file depuis des années, a été doublement victime de son manque de notoriété régionale et d’événements qui ont incontestablement avantagé Le Drian en lui donnant soudain une stature nationale. Le chef de file de la droite aura aussi payé son manque de diplomatie et ses positions parfois cassantes, comme en témoigne le quasi-fiasco médiatique avec certains centristes. En Bretagne, telle de vieille tradition centriste, ça fait désordre. Voilà en tout cas la droite bretonne revenue quasiment à la case-départ. Avant ce scrutin elle était en panne de chef de file. Depuis, elle n’a pas beaucoup progressé d’autant que la défaite sèche de Marc Le Fur s’est produite dans un contexte national plutôt favorable à la droite et dans une région où le FN fait son plus faible score métropolitain. Pas l’idéal pour asseoir son autorité.

De sa route, Jean-Yves Le Drian aura aussi écarté les écologistes EELV avec qui les relations ont toujours été compliquées. Avant le premier tour, aucun accord n’a été possible. Et entre les deux tours, le ministre est resté inflexible à une fusion allant au delà de trois sièges pour EELV, malgré les pressions venues de Manuel Valls lui-même, craignant des répercussions nationales. Comme les Verts n’ont pas atteint la barre fatidique des 10%, indispensable pour se maintenir, les voilà totalement évincés de l’assemblée régionale où ils étaient jusqu’à présent l’un des poils à gratter de la majorité socialiste.

Avec une droite bretonne sortant sonnée de ce scrutin, avec les Verts renvoyés à leur stratégie brouillonne, avec un Christian Troadec resté sur le quai de la gare faute d’avoir pu embarquer dans le wagon des 10% et un Front national au score plutôt moyen, Jean-Yves Le Drian donne l’impression d’avoir fait le vide à l’issue de ce scrutin. Il a donc les coudées franches et un horizon si dégagé que François Hollande va pouvoir obtenir ce qu’il souhaite : garder le ministre breton auprès de lui jusqu’à la présidentielle de 2017 !

René Perez
1 Commentaire
  1. Très bonne analyse, il n’y a rien à rajouter … Sauf peut être le comportement très ambigu de C. Troadec qui continue à se comporter d’une manière pas très claire !.. Mais je suppose que c’est dans ses gènes !!!

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