Lactalis. Le lait sur le feu

Depuis ce lundi matin, le siège de la société Lactalis à Laval est bloqué par des producteurs de lait. Ils sont venus en force protester, dans le fief du leader mondial des produits laitiers, contre le prix qu’il consent aux éleveurs et qui le fait passer pour un mauvais payeur. 257 € les 1000 litres alors que les agriculteurs estiment à 340 € le tarif nécessaire pour dégager un revenu. Mis côte à côte, ces deux chiffres produisent un tel télescopage qu’ils ciblent sans ambiguité le niveau des  responsabilités. Mais un autre chiffre vient moduler le constat : cet été, en Allemagne, le prix est tombé à 235€, inscrivant le bras de fer franco-français dans une tout autre perspective. Celle de l’Europe.

C’est sur cette référence allemande que s’appuie la société Lactalis pour rétorquer que dans un marché hautement concurrentiel, elle se situe au dessus des prix pratiqués dans les pays voisins. Et l’Allemagne en l’occurrence est devenue au fil des ans le marqueur des prix. C’est elle qui mène le bal des cotations mais dans un marché européen biaisé où les règles ne sont pas les mêmes pour tous les concurrents.

L’Allemagne, en l’occurrence, bénéficie d’un triple bonus. D’abord des charges sociales moins élevées qu’en France et l’absence de SMIC qui lui a permis, comme l’ensemble de l’agroalimentaire d’Outre-Rhin, de bénéficier d’une main d’oeuvre à un prix hors sol, a fortiori quand il s’agit de travailleurs détachés des pays de l’Est. L’agriculture allemande tire aussi largement partie de l’action de l’Etat pour soutenir financièrement la méthanisation des résidus agricoles, avec un succès tel que la production d’électricité ainsi réalisée par les éleveurs leur offre un important complément de revenus. En 2011, Nicolas Sarkozy était venu dans la presqu’île de Crozon parler d’un plan ambitieux pour la méthanisation. Mais ce fut sans effet dans un pays où la production d’origine nucléaire a toujours bridé les solutions alternatives.

Bénéficiant d’un système en tous points favorables, les producteurs allemands peuvent donc mieux supporter une baisse des prix qui étrangle leurs voisins français. Et en cette période de surproduction, il ne faut pas attendre une quelconque solidarité. Au contraire. C’est le chacun pour soi et la perspective de voir la concurrence étrangère s’affaiblir n’a jamais fait tirer de larmes.

Le blocage de Lactalis tourne donc au bras de fer franco-français. Comme une preuve d’impuissance hexagonale alors qu’on sait que la surproduction laitière et les distorsions de concurrence sont les véritables causes de la crise. Le leader mondial des produits laitiers trouve qu’on lui fait trop facilement porter la charge du bouc émissaire. Mais comment s’en étonner ? Ses résultats sont trop flatteurs pour ne pas cristalliser la colère qui a gagné toutes les campagnes.

René Perez
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