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La coiffe bigoudène veut séduire l’Unesco

Qui, au départ, aurait parié que le fest-noz breton serait admis au patrimoine mondial de l’Unesco ? Et pourtant, en 2012, il y est entré par la grande porte, donnant un bon coup de projecteur sur la vitalité des traditions bretonnes. Cette fois, ce sont des Bigoudens qui se sont mis en tête de faire entrer leur célèbre coiffe dans ce sanctuaire qui célèbre les us et coutumes les plus singulières de la planète.

Et c’est bien vrai qu’elle sort de l’ordinaire, cette coiffe, tant sa structure et sa hauteur reflètent une originalité vestimentaire, lointaine cousine d’une architecture millénaire rappelant que la Bretagne est bien le pays des menhirs. Et si depuis le début de l’humanité, l’homme a toujours pris la précaution de se couvrir la tête, aucune autre ne possède la singulière grâce de cette dentelle verticale.

Louis XIV n’y est pour rien

Alors bien sûr, on en a raconté beaucoup de choses, sur l’origine de cette coiffe. La légende la plus romantique et la plus tenace prétend que les Bigoudènes entendaient ainsi protester contre l’arasement des clochers, sur l’ordre de Louis XIV, pendant la révolte du papier-timbré. Le monarque entendait ainsi interdire aux hommes de se rassembler à l’appel du tocsin. Par réaction à ce nivellement royal par le bas, les femmes auraient décidé de faire monter le haut. L’histoire est belle au point avoir été souvent reprise.

La réalité est bien plus prosaïque : c’est par simple coquetterie que les femmes, entre les deux guerres, auraient ainsi peu à peu élevé la taille de leur coiffe, y ajoutant une dimension de classe sociale à raison d’un centimètre par an, en moyenne. A la fin de la seconde guerre, il fut convenu de mettre un terme à cette surenchère verticale. Mais au passage, on se demande si Jérôme Kerviel, le Bigouden le plus célèbre de la planète, n’a pas été touché par cet atavique syndrome de la coiffe bretonne. Lui aussi a laissé monter, monter…

Symbole fort de la Bretagne

Après la guerre et avec l’arrivée du formica et du prêt à porter, la coiffe bigoudène a souffert d’une image ringardisée par une jeunesse friande de nouveautés. Mais avec le renouveau culturel breton des années 70, elle est devenue le symbole de la résistance à la modernité et de la vigueur des racines bretonnes. Même la pub s’en est emparée pour garantir l’authenticité de certains produits et porter l’image de la Bretagne. Avec une telle ferveur que la petite Bigoudène, à l’arrière de la voiture, est devenue un signe de ralliement, maintenant que les numéros d’immatriculation par département ont disparu au profit du numéro à vie.

Autant dire que la coiffe bigoudène, également pratique pour planquer un paquet de gâteaux secs, est devenue, au même titre que le fest-noz, un élément hautement constitutif de l’identité bretonne. Cela suffira-t-il pour convaincre l’Unesco ?

Julien Perez
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