Intro

Les élections régionales se profilent. Et, avec elles, un constat que personne ne peut contester : depuis le dernier scrutin régional de 2010, le décrochage s’est encore accentué entre l’est et l’ouest de la Bretagne.

Les données démographiques, les ouvertures de classes primaires par dizaines en Ille ­et ­Vilaine quand les fermetures l’emportent dans les trois autres départements, la perte de population de Brest, seule ville à statut de métropole à connaître la décroissance, le gros coup de blues manifesté récemment pas les milieux économiques de Cornouaille…

Exaspération de la pointe bretonne

Les indicateurs ne sont pas bien orientés et le mouvement des Bonnets rouges ne fut-­il pas lui-­même révélateur d’une exaspération de la pointe bretonne quand Rennes et sa très grande ceinture ne se sentaient pas vraiment concernés par le problème ?

Le déséquilibre est d’ailleurs maintenant perceptible à l’intérieur même d’un département. L’ouest des Côtes­ d’Armor et du Morbihan est d’ une santé plus précaire que la partie est, portée par le dynamisme de Rennes et Nantes. Au point qu’on se demande si les statistiques économiques ne devraient pas maintenant toujours faire le distingo entre ces deux Bretagne. Quand les chiffres indiquent globalement que la région attire les cadres, encore faudrait­il préciser que c’est le triangle Rennes­Nantes­Vannes qui rafle la mise.

Et voilà que pointe un autre avatar de ce problème d’attractivité : le transfert du siège de l’Ifremer Brest semble de plus en plus compromis puisqu’après une virulente contestation, le personnel parisien a saisi le conseil d’Etat. Le rapporteur public de cette juridiction estime que cette décision de transfert est politique et n’a donc pas de réelle justification.

Le conseil d’Etat pourrait donc l’annuler purement et simplement. Pour Brest la série continuerait après le transfert avorté naguère de l’Institut des Sports de Fontainebleau ou de la Direction des phares et balises, projets ronflant restant en rade les uns après les autres. A Rennes, les délocalisations furent bien plus discrètes et se sont traduites par des centaines de création d’emplois, à la fin des années 90, notamment dans des organismes de gestion relevant de la fonction publique. Et sans contestation.

Tout concourt donc à creuser le fossé entre les deux Bretagne jusqu’à se demander, à l’instar du géographe Jean Ollivro, si Rennes ne deviendra pas un jour une gare terminus. Beau sujet de réflexion pour les candidats aux régionales. Et obligation, pour les futurs élus, de prendre en considération une réalité de plus en plus manifeste.

René Perez
2 Commentaires
  1. kopcelte

    Avant que Paris se pose la question de ce qu’elle peut faire pour la basse Bretagne, il faut déjà que les rennais et les autorités de la région se retourne une fois pour se rendre compte qu’il y a du monde derrière eux. Ce n’est pas forcément l’axe Paris-Brest qu’il faut améliorer mais bien l’axe Rennes-Brest et je ne parle pas de transport. Avant de transférer Ifremer, transférons déjà plusieurs services de la Région en Finistère. C’est effectivement déjà un grand pas !

  2. Antigone 2015

    Article très intéressant qui met le doigt sur une réalité économique particulièrement préoccupante.
    La décentralisation n’a pas permis seule la réduction des inégalités infra régionales alors que l’Etat abandonnait, faute de moyens ou de volonté, une véritable politique d’aménagement du territoire.
    Il n’est effectivement pas certain que la politique du toujours plus gros (fusion de régions, metropolisatio), ne conduise pas à l’oubli de certaines zones ou à la présence au sein de métropoles de zones défavorisées. Même si Paris draine beaucoup d’emploi la misère y est aussi très présente.
    Mais alors que faire pour qu’à la point de la Bretagne nous puissions vivre et travailler au pays ?
    Ce qui est clair c’est que sans une union sacrée nous n’y arriverons pas deux choses doivent nous rassembler au delà des différences et des sensibilités : La défense et la promotion de notre culture et le développement de notre territoire. Ce n’est que d’une telle union que nos forces pourront s’additionner face à l’adversité de la crise et de ses conséquences porteuses de désespoir et d’extrémisme. Cette unité nous fera plus forts aussi pour revendiquer auprès de notre propre région, dont on a trop souvent l’impression, malgré les beaux discours, qu’elle nous tourne le dos.. Et aussi face à un État central aux réflexes jacobins et condescendant vis à vis des provinciaux.
    Du concret direz vous et vous avez raison eh bien si l’on fusionnait les CCI du Finistère et au delà de l’ouest breton défini dans l’article en une seule puissante chambre de commerce et d’industrie ne serions nous pas plus forts ? Il est temps de passer aux actes on ne peut plus se permettre les demi mesures. Et un centre d’études et de liaison des intérêts ouest bretons ne serait il pas plus que nécessaire pour dresser des perspectives d’avenir pour nos jeunes qui voudraient avoir un autre horizon que la migration économique.
    Ce ne sont que quelques réflexions d’un membre de la diaspora bretonne qui aimerait tant revenir travailler au pays.

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