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Jo Le Mer. L’artisan devenu grand industriel breton

Le 8 mars, Jo Le Mer va recevoir le prix de l’autodidacte pour le Grand Ouest. Une distinction qui récompense une personnalité de l’Economie qui s’est faite toute seule, ce qui en anglais a littéralement donné « self made man ». Ou woman, c’est selon. En bon français, on dit donc autodidacte et ce titre n’est nullement usurpé pour ce septuagénaire affable et d’une élégance rare.

Aujourd’hui patron de la Sermeta, leader mondial de la conception et la production d’échangeurs thermiques pour chaudières, il est à la tête de 600 employés répartis entre Morlaix, site historique de l’entreprise, et Lannion où une unité emploie une cinquantaine de salariés.
Quand on mesure à quel point l’industrie a souffert en France ces dernières années, quand on sait comment la Bretagne (hormis Rennes) a vu le déclin de certaines grandes usines comme celle de Chaffoteaux à Saint-Brieuc, on mesure la performance que réalise chaque jour Sermeta : produire industriellement dans une région à l’écart des grands circuits. Et à laquelle on a voulu, en prime, imposer une écotaxe pour le transport de ses produits jusqu’à la France d’en-face. Jo Le Mer ne l’a pas oublié, lui qui œuvre au sein de plusieurs organismes, comme Investir en Finistère qui se bat pour le maintien des emplois dans une région trop excentrée pour susciter des velleités d’installations.

Chauffagiste à Saint-Thégonnec

Sa mère aurait voulu qu’il soit militaire. Mais Jo Le Mer a bien trop d’idées en tête pour se les laisser dicter par d’autres. Quand il s’installe à Saint-Thegonnec (Finistère) comme artisan-chauffagiste, en 1966, De Gaulle est encore au pouvoir et au coeur des Trente Glorieuses, le chauffage central est en plein boum. Jo Le Mer va vite sauter sur la chaudière avec l’appétit d’un véritable Géo Trouvetou, des idées plein la tête pour exploiter au mieux cette technologie prometteuse.

Vingt ans plus tard, après le lancement de la ligne de chaudières Geminox, il est à la tête de la SEAGEM, forte de 260 salariés. Et pan ! Peut-être à cause des fuels lourds que l’on utilise après la crise pétrolière, les pannes de chaudières se multiplient. A une telle cadence que la SEAGEM finit par déposer le bilan en 1986, gros coup derrière la tête pour Jo Le Mer, devenu entre-temps maire et conseiller général de Saint-Thégonnec, où il connaîtra là aussi les affres de la défaite électorale. Mauvaise passe. Mais pas de quoi assommer l’ex-artisan chauffagiste qui va faire un spectaculaire rebond en 1993, en s’associant à l’Italien Rocco Giannoni avec laquelle il créera la société du même nom.

Non à la délocalisation !

Les temps changent. Jo Le Mer et son associé repartent vers la route du succès et la société prospère, au point que l’Italien préfèrera quinze ans plus tard reprendre ses billes, avec un gros pactole. Le Breton, lui, reste les pieds bien sur terre et ne veut pas entendre parler de délocalisation pourtant très à la mode en ces débuts d’année 2000. Produire en Chine coûterait beaucoup moins cher mais malgré un environnement économique pourtant pas très favorable, le tenace chauffagiste reste bien accroché à ses racines en continuant à faire tourner son usine et ses neurones. Ce qui lui vaut, en 2009, le Prix européen de l’Inventeur de l’année. Et l’appétit d’investisseurs américains qui prendront un temps les rênes de la société avant que Jo Le Mer ne revienne tenir les commandes, pour le plus grand soulagement des 600 salariés du groupe.

Un demi-siècle après son installation à Saint-Thégonnec, l’ex-petit chauffagiste est devenu un des plus grands industriels de Bretagne et l’un des plus spectaculaires parcours professionnels de l’Ouest. Un autodidacte, quoi !

René Perez
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