supermarche

Industrie et GMS vont-elles tuer le goût ?

Un de nos lecteurs, Jean-Christophe Léon, nous a fait parvenir cette tribune dans laquelle il s’interroge sur l’avenir du goût. Va-t-on, comme il le pense, vers un « étouffement programmé de notre exception gastronomique locale et nationale  » dont la GMS et l’industrie seraient responsables ?

Le goût est, par nature, le fondement de notre plaisir alimentaire quotidien, le fondement de notre éducation culinaire, le fondement de notre culture gastronomique. Le goût est propre à chacun. Par nature, chacun en dispose.

Nous naissons tous grand découvreur du goût, mais qu’en est-il quand, années après années, au travers d’un passage par les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise, par la restauration rapide et les marques de distributeurs, nous oublions nos repères reptiliens pourtant si fidèles aux bonnes choses pour, peu à peu, sombrer dans le conformisme alimentaire que le dictat Industriel/Grande et Moyenne Surface (GMS) nous impose au quotidien depuis le berceau.

Notre goût s’étiole, nos papilles pourtant si expertes deviennent des passagères du fade, des contrefaçons du naturel, tant les colorants et autres intrants annihilent notre capacité à différencier le bon et le goût. Le bon devient sel, le goût devient sucre, le goût devient terne et les vrais aliments deviennent absents. Le conformisme siège dorénavant dans nos assiettes.

Mais pourquoi, dans notre cher pays, capitale mondiale de la bouffe, en sommes-nous arrivés là ?

Pendant longtemps, la promesse du goût s’inscrivait par matraquage sur les panneaux publicitaires, puis il devint publicité à la TV, à la radio, et aujourd’hui il s’affiche sur les réseaux sociaux. Tout ceci est instillé par le fruit des stratégies de domination par les coûts que le monde agro-industriel a construit pour répondre aux exigences des nombreux groupes de distributions alimentaires français, qui sont 4 aujourd’hui : Carrefour, Leclerc, Casino/Intermarché et Auchan/SystemeU.

Nous avons payé, pendant 50 années, le fruit de ces concentrations capitalistiques. Aujourd’hui, nous vivons au travers des catalogues des distributeurs du food-service (4500 références) et de la GMS ( hypermarchés : 3000/5000 références, supermarchés : 500/1500 références ) un étouffement programmé de notre exception gastronomique locale et nationale.

Certes, depuis peu, les marques régionales apparaissent en rayon. Mais à quel prix pour ces petits faiseurs de grand goût ? A l’heure des EGALIM est-il encore concevable de se voir imposer ce référentiel par les destructeurs de marge aux producteurs ? Notre goût subit donc les limites des catalogues et des linéaires et des normes avortées par les puissants lobbies qui, recrutés par les grandes marques agro-alimentaires et celles de la GMS imposent leurs choix via la pression faite aux politiques qui amendements après amendements vident les textes de lois pour les rendre stériles ou presque, en tout cas très éloignés des intentions initiales

Pourquoi pas un référentiel national du goût ?

Fort de ce constat, le consommateur construit sa base de valeur avec ce qu’on lui montre en rayon ou dans son assiette, et comme pour faire oublier le produit et son environnement médiatique si hostile, on lui met dans les mains, histoire de le détourner de son droit au goût, des applications pour identifier des bons produits sans gluten, ou sans colorants, ou sans pesticides… Bref, abreuvons les moutons un peu plus, ils seront bien lourds et ne penseront pas à la cause de leur dégoût mais à leur confort alimentaire si accessible, si précaire, si nécessaire.

Une question pour terminer. A notre époque, pourquoi les instituts scientifiques, les organisations agricoles, les corps d’état, les labos des universités et consorts, qui ont tous participé de cette histoire, et pour certains ont pourtant contribué à décrypter le goût, n’ont-ils pas conçu le référentiel national du goût ?

On a bien un baromètre pour la météo non ? Alors pourquoi pas pour notre goût si précieux.

Bretagne Bretons
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider