BREST - TECHNOPOLE7 JUIN 2005© B.STICHELBAUT

Ifremer. Le compte à rebours est lancé

Le transfert du siège d’Ifremer à Brest sera-t-il réalisé avant la présidentielle de 2017 ? Il ne reste que dix-huit mois ce qui constitue un délai bien court. Si la droite revient au pouvoir à cette échéance, elle annulera probablement ce transfert comme ce fut déjà la cas dans le passé.

Sur le chemin escarpé de cette délocalisation très contestée, deux obstacles viennent successivement de tomber. Le conseil d’administration de l’Institut de recherche sur la mer a récemment donné son feu vert mais avec la plus courte des majorités : onze voix contre dix. C’est dire si le projet a bien du mal à passer. Et dans la foulée, le conseil d’Etat vient de rejeter le recours du personnel qui estimait que les déclarations de Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, à propos de ce transfert, relevaient de « l’excès de pouvoir ».

Le conseil d’Etat rejette la requête du personnel

Le rapporteur public du conseil d’Etat a dans un premier temps donné raison au personnel en estimant que les deux Premiers ministres ne pouvaient imposer une telle décision de transfert à un organisme autonome. Le conseil d’Etat n’a pas suivi l’avis de son rapporteur puisqu’il retient, pour sa part, que « ces déclarations constituaient un engagement à concrétiser et non une décision définitive ». Au point où ils en sont, il est peu probable cependant que les syndicats baissent les bras. Ils vont multiplier tous les obstacles pour faire durer cette course de lenteur en misant sur un changement de gouvernement dans dix-huit mois. Il est très probable, en effet, qu’en cas d’alternance, le prochain gouvernement se fera un plaisir d’annuler ce transfert pris par un gouvernement socialiste en faveur d’une ville de même couleur.

C’est ce qu’avait fait Michèle Alliot-Marie en 2003 lorsqu’elle avait annulé le transfert à Brest de l’Ecole Interarmées des sports, englobant l’ex-bataillon de Joinville. Peu de temps après son arrivée au ministère de la Défense, elle avait tiré un trait définitif sur ce projet de transfert décidé par le gouvernement Jospin en 1998. Cinq ans n’avaient pas suffi pour le mener au bout! Faisons le calcul pour l’Ifremer : le projet a été lancé fin 2013, il y a donc deux ans. Et il ne reste plus que dix-huit mois. Le compte à rebours est lancé…

Un P-dg très contesté

On peut comprendre la réticence du personnel à déménager ainsi au bout de la France. Sauf que lorsque ça se passe dans l’autre sens, personne ne s’en émeut. Et puis, cela ferait sûrement du bien aux dirigeants de l’Institut de venir respirer l’air de la mer et de les éloigner de l’air vicié de Paris où la proximité du pouvoir central provoque de drôles de promotion. Il y a deux ans, l’Institut est enfin sorti d’une période de troubles provoquée par la nomination comme P-dg, en 2005, de Jean-Yves Perrot, placé à la tête de l’Institut sans compétence scientifique particulière. Conseiller du ministre Hervé Gaymard, il avait été ainsi exfiltré du ministère au moment où ce dernier avait dû démissionner pour une affaire d’appartement à sa disposition, loué à prix d’or par le ministère alors qu’il était lui-même propriétaire d’un autre appartement à Paris.

Le passage de Jean-Yves Perrot comme P-dg de l’Ifremer a été d’autant plus remarqué qu’il était par ailleurs maire UMP de Marly-le-Roy (17.000 habitants), conseiller régional et même chargé de cours dans deux écoles supérieures. Ce qui fait tout de même beaucoup pour un seul homme que l’on ne vit pas souvent à son poste. Et on ne s’étonna donc pas des coups bas et règlements de comptes qui émaillèrent les années Perrot au siège de l’Ifremer. A Brest, bien sûr, tout cela aurait été réglé bien plus vite…

René Perez
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