Ifremer-Brest. Ces équipages qui ne voulaient pas voir la mer

Le Premier ministre Jean Castex vient d’inaugurer le nouveau siège d’Ifremer à Brest. Une implantation qui conforte la vocation multimissions de Brest, dans le domaine maritime, mais qui constitue aussi une exception dans la saga des déconcentrations de services publics, quittant Paris pour la province.

Au tournant des années 2000, un vaste mouvement de décentralisation de services publics a ainsi été lancé au profit de villes de province et Rennes a été particulièrement gâtée. Pas de noms ronflants mais des emplois arrivant par centaines, entre autres dans des organismes de gestion des retraites de la fonction publique.

Brest a espéré mais rien n’est venu. Plusieurs pistes avaient été évoquées et Jospin avait même fait une promesse ferme : le transfert à Brest de l’école interarmées de Fontainebleau (comprenant notamment l’ex-Bataillon de Joinville), ce qui au total représentait plusieurs centaines d’emplois. Les réticences étaient nombreuses au sein de ce centre de formation et dès le premier changement de couleur gouvernementale, le dossier fut enterré. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, l’annula d’un simple trait de plume. D’autres hypothèses de transferts avaient été encore plus rapidement passées à la moulinette.

Brest décidément ne faisait pas rêver l’employé de la capitale. Alors quand Jean-Marc Ayrault, en 2014, évoqua le transfert du siège de l’Ifremer à Brest, l’optimisme restait très mesuré dans les rangs brestois. D’autant que plus tard, un sondage parmi le personnel du siège, installé à Issy-les-Moulineaux près de Paris donna un résultat peu prometteur. Sur 90 employés, une trentaine étaient en CDD, donc à priori non concernés par une mutation. Sur les 60 agents à temps complet concernés, seuls quatre donnèrent un avis favorable à une mutation ! Les équipages de la capitale ne voulaient toujours pas voir la mer, malgré la prime promise, avantage rarement accordé pour des mutations dans le sens inverse, de Bretagne vers la capitale.

Mais malgré l’opposition interne et des changements de couleur gouvernementale, le projet cette fois est allé jusqu’au bout. Il a, bien sûr, fallu procéder à des embauches locales puisque nombre d’employés parisiens ont préféré changer d’entreprise que de rejoindre le nouveau site de l’Ifremer, pourtant construit dans un superbe cadre, à l’entrée du goulet de Brest.

Depuis le lancement de ce projet, les données ont quelque peu changé. Nombre de Parisiens veulent maintenant quitter la capitale pour diverses raisons alors que Brest, à l’inverse, bénéficie aujourd’hui d’une cote d’amour inattendue, au point que même le magazine américain Forbes l’a classé parmi vingt destinations européennes où il conseille de s’installer.

Dans les mouvements d’opinion, Paris et Brest suivent des trajectoires opposées. Il ne reste donc plus qu’à attendre la prochaine déconcentration d’un organisme public de la capitale vers Brest pour savoir si l’opposition interne sera moins farouche…

René Perez
1 Commentaire
  1. Anger

    Ifremer, étrange que son siège social aie pu être localisé en pleine terre, région parisienne… Désormais l’image correspond à la réalité et c’est bien pour les Bretons d’abord et surtout les Brestois dont la ville gagne chaque année en renommée, bien justifiée…

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