Hydrolien. Une technologie encore entre deux eaux

Comme à chaque visite présidentielle à l’étranger, des chefs d’entreprise sont du voyage. Cette fois, c’est en Australie qu’Emmanuel Macron a poursuivi sa première année de globe-trotteur et parmi ses accompagnants figurait Jean-François Deviau, le Pdg de Sabella. Implantée à Quimper avec une base technique à Brest, cette société est spécialisée dans l’hydrolien marin, autrement dit des turbines produisant de l’électricité grâce à la force des courants marins.

Le Pdg breton était en quête d’un partenariat avec une société australienne pour la fourniture d’électricité d’origine naturelle dans des zones reculées, voire non interconnectées, là où cette technologie nouvelle peut se révéler efficace et concurrentielle. Les coûts de production de l’hydrolien sont encore bien trop élevées pour pouvoir s’aligner sur ceux des filières classiques. Et Sabella s’est justement distinguée en installant sa première turbine dans le Fromveur, pour l’alimentation d’Ouessant, là où le coût du mégawatt/heure (MWh) se calcule en référence au coût du fuel.

Mais cette expérimentation, on le sait, se révèle plus laborieuse que prévu. L’hydrolienne Sabella a été relevée en 2016 et ne sera à nouveau immergée qu’à l’hiver prochain alors que sa remise à l’eau était initialement prévue en 2017. C’est bien la preuve qu’on avance à petits pas et que cette technologie à électronique embarquée, a un gros talon d’Achille. S’il faut relever la turbine à chaque pépin technique ou impératif de maintenance, le coût se révèle vite dissuasif.

Et l’environnement, dans cette filière, n’est pas très porteur. Le recul d’Edf sur ses essais d’une hydrolienne au large de Paimpol a jeté un froid et douché les espoirs. Idem du côte de General Electric, plutôt en retrait actuellement, alors que Naval Group (ex-DCNS) ne se sent pas vraiment appuyé alors qu’il envisage l’ouverture prochaine d’une usine d’assemblage d’hydroliennes à Cherbourg.

Dans cette période d’incertitudes, voire de doute, les regards se tournent vers l’État puisque c’est lui qui, par des commandes publiques, peut donner le coup de pouce décisif à une filière toujours entre deux eaux. Mais en haut lieu, on ne veut pas signer de chèque en blanc et prendre des engagements d’achat d’électricité à des prix prohibitifs, même si la France est une nation-pilote dans cette technologie prometteuse mais pour l’instant loin d’être convaincante. L’État a du reste demandé, via sa direction de l’Energie et du Climat, un rapport d’étape sur l’état actuel de la filière et ses perspectives de production et de coûts pour y voir plus clair.

En attendant, Sabella prospecte en Australie, comme elle l’a déjà fait aux Philippines, pays-archipel où la myriade d’îles peut offrir des voies d’avenir à une technologie écologique et profilée pour les zones marines, éloignées des grands sites de production d’électricité.

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider