justice

Horreur, justice et vidéo

Sur l’écran, face au public, le pauvre corps supplicié d’une jeune fille dénudée, tuée de 23 coups de couteau dans son studio d’étudiante du centre-ville de Rennes. Non, il ne s’agit pas d’un extrait de film d’horreur ou de série policière ultra-réaliste : cette image n’est pas une fiction, c’est la scène de crime d’un vrai meurtre, projetée dans l’enceinte solennelle de la cour d’assises de Rennes où l’on juge le tueur.

Dans la salle le public médusé, le souffle coupé par l’atrocité de la scène, reçoit l’image comme un coup de poing. Il y avait là quelques habitués des prétoires, des personnes qui, sans vraiment connaître la jeune fille, avaient pu la croiser. Il y avait aussi des Rennais émus et longtemps angoissés par ce terrible fait-divers qui n’aura été élucidé que dix ans plus tard. Et il y avait les proches, les amis, la famille, les parents de la victime. Pour eux, plus que pour tout autre, il y avait quelque chose d’insupportable à voir livrée ainsi aux yeux de tous l’intimité de leur enfant-martyr figée dans ses derniers instants.

Alors, ils ont demandé au président d’interrompre la projection. Mais ce dernier n’a pu leur donner satisfaction : une nouvelle règle, qui trouvait là sa première application en Bretagne, impose de porter ainsi à la connaissance du public de l’audience les élément d’information sur lesquels les jurés fonderont leurs décisions. Ce public n’est-il pas l’incarnation du peuple français, au nom duquel la justice est rendue ?

Il aurait fallu, pour épargner cette épreuve supplémentaire aux parents de la victime, que la projection risque de porter atteinte à l’ordre public ou à la moralité, a précisé le président. Pour sa part, il a jugé -c’est son métier- que ce n’était pas le cas.

Dura lex, sed lex… On comprend mieux pourquoi la déesse Thémis, l’allégorie de la Justice, est représentée les yeux bandés. Mais, s’il se dit que la solennité d’une audience criminelle aide à faire son deuil et contribue à la résilience, il se trouve que ce que viennent de vivre les parents de Lucie n’est pas fait pour apaiser leur souffrance.

Pierre Delannée
1 Commentaire
  1. RICHARD

    c’est dans ces cas là et d’autres aussi horribles que l’on regrette la peine capitale ! il va falloir un jour ressortir la guillotine ça évitera de dépenser de l’argent pour de nouvelles prisons

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