Le guichet de Camaret a les fouilles qui pendent

Avec la numérisation des transactions bancaires, le billet de banque est-il déjà condamné à la disparition ferme et définitive ? Pas vraiment, si l’on en croit ce qui vient de se dérouler à Camaret mais aussi, il y a quelques temps à Spézet, autre lieu emblématique de la Bretagne créative et cabocharde.

A l’ombre de la Tour Vauban, les esprits étaient quelque peu échauffés pendant ce long week-end du 15 août à Camaret. La raison ? Les guichets automatiques de banque étaient à sec dès le samedi et n’ont pas été réapprovisionnés pendant ces quatre jours de pont. Les distributeurs avaient les fouilles complètement vides alors qu’on attaquait le week-end le plus chargé de l’année où la densité touristique est à son maximum et l’activité économique à son zénith.

Et c’était vraiment le cas, si l’on en croit un communiqué du maire, François Sénéchal, furax de constater que l’argent liquide a manqué au moment où on en avait le plus besoin. Et il énumère : les 150 ans le la SNSM, les quais musicaux, les lundis musicaux, les concerts un peu partout, le soirée moules-frites (ou on ne paye généralement pas avec une carte bancaire), les pontons du port qui faisaient le plein, les voileux venus en masse…

« 50.000 personnes », selon lui, alors que la commune n’en compte que 3.000 en hiver. Et parmi eux, des milliers d’étrangers, surpris qu’on ne puisse pas trouver un billet pour aller manger un moules-frites sur les quais, boire un demi ou acheter un petit personnage en coquillage typiquement breton. Car les commerçants rechignent à prendre des cartes bancaires pour de petits paiements. La raison : ils versent une commission à leur banque sur chaque transaction et elle est même surtaxée quand il s’agit d’une carte étrangère. Alors pour un demi panaché… Et puis, certains touristes sont habitués à tout payer en espèces. Notamment les Allemands qui, chez eux, peuvent s’acheter une Audi en alignant une cinquantaine de billets de 500 € sur le comptoir. Chez nous, les transactions en espèces sont limitées à 1.000 € pour un particulier mais peuvent monter à 10.000 € pour un touriste étranger. Alors un Allemand qui n’a pas de liquide sur lui a l’impression de n’avoir rien dans les poches. Et n’est pas très incité à dépenser, même pendant un long week-end du 15 août sur lequel l’économie locale compte pourtant fermement pour pouvoir passer l’hiver.

Alors non, le billet n’est pas encore mort. Et c’est aussi ce qu’étaient venus dire, il y a quelque temps, les habitants de Spézet, dans le Centre-Bretagne, manifestant leur (très) mauvaise humeur en apprenant qu’on allait supprimer le dernier distributeur de billets de banque de leur commune. Le lieu était d’autant plus symbolique que Spézet fut en avance sur la création des monnaies locales. Ici, le « lur » circulait dès les années 80 durant certaines manifestations.

Camaret est-elle, à son tour, condamnée à créer sa propre monnaie du bout du monde pour contrer l’incurie bancaire ? Ce n’est peut-être pas encore nécessaire. Mais puisque la commune n’a désormais plus de curé, peut-être va-t-elle relancer sa célèbre chanson en version monétisée  :

«  Le guichet de Camaret

A les fouilles qui pendent (bis)

Les dimanches et jours fériés

On n’trouve plus un seul billet

De bannque, de bannnque

De ban-an-que ».

René Perez
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