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Guerre ouverte au Crédit Mutuel !

Les coulisses s’agitent, les salariés s’inquiètent, des dirigeants politiques bretons réagissent…
Mais que se passe-t-il donc au sein de la fédération nationale de Crédit-Mutuel qui pourrait mettre en péril l’indépendance du CMB-Arkea ?

Il y a encore quelques années, on pouvait croire les dirigeants du Crédit Mutuel totalement consacrés à la défense des intérêts des sociétaires, au nom des principes de solidarité, d’entraide, de proximité… Et cela dans des fédérations régionales sans but lucratif et à vocation sociale proclamée, sans concurrence entre elles. Oui mais, ça, c’était avant. Rien ne va plus aujourd’hui dans l’univers faussement feutré de l’institution mutualiste. Et ce n’est nullement lié à la révélation de la censure récemment exercée par Vincent Bolloré sur Canal+, empêché de diffuser un reportage embarrassant sur le cinquième banque française. Une vraie rivalité semble avoir toujours existé entre, grosso modo, le Crédit Mutuel de Bretagne et celui d’Alsace-Lorraine, deux régions longtemps dominées par la démocratie chrétienne et le catholicisme social. Une rivalité et une paix armée : pendant près de 30 ans, les deux grandes figures du mutualisme bancaire (Théo Braun à l’Est, Louis Lichou à l’Ouest) s’étaient entendus pour se partager pouvoir et influence au plan national et entretenir un équilibre fragile. Equilibre qui n’a pas tenu.

Breton de l’Ouest contre Breton de l’Est

La création de nombreuses filiales a multiplié les points de friction. La recherche d’alliances a exacerbé les tensions. Et puis, alors qu’à l’Est montait en puissance un ambitieux directeur général puis président, un manque évident de colonne vertébrale se constatait à l’Ouest. Trop content de l’aubaine, Michel Lucas, ce breton devenu l’omnipotent patron national, en profitait pour négocier aisément des alliances avec d’autres fédérations et même pour titiller les Bretons sur leur terre, avec l’appoint du CIC dont il avait entre temps pris le contrôle. C’est alors qu’est entré dans le jeu un personnage que personne n’attendait. Inspecteur des Finances, HEC et ENA, Jean-Pierre Denis (55 ans) est passé par la Mairie de Paris et L’Elysée de Jacques Chirac. Il a ensuite rejoint Vivendi et Jean-Marie Messier avant de diriger et fédérer des établissements publics de financement de l’économie. Avec lui, tout d’un coup, la colonne vertébrale du Crédit Mutuel Arkéa retrouvait de la vigueur, de la rigueur et même une rigidité qui a parfois heurté le personnel. Soudain, le combat des chefs s’est intensifié, avec quelques escarmouches meurtrières, comme par exemple la suppression pure et simple du poste de vice-président délégué, traditionnellement réservé au président breton. La guéguerre allait vite se transformer en guerre froide puis carrément en guerre ouverte avec menaces d’utilisation d’armes de destruction massive. Jusqu’au dépôt de plainte du Breton de l’Ouest contre le Breton de l’Est auprès des autorités de tutelle françaises et européennes. Objet : permettre au Crédit Mutuel Arkéa de se libérer du pouvoir de contrôle de la Confédération Nationale et de la Caisse Centrale du Crédit Mutuel qui sont, de fait désormais, entre les mains du groupe de l’Est. Ce qui permet à Michel Lucas de faire inspecter comme bon lui semble le groupe Arkéa (Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central). Et ainsi de tout savoir sur lui et sur ses multiples filiales dont plusieurs, de dimension nationale, se retrouvent pourtant en concurrence directe, sur le terrain, avec celles du Crédit Mutuel et du CIC réunis.

Le recours d’Arkéa rejeté

Intolérable pour Arkéa qui demande que son autonomie soit reconnue dans les textes, en France comme en Europe. Qu’il y ait, en quelque sorte, deux entités distinctes et indépendantes au sein du Crédit Mutuel français. Inacceptable pour Michel Lucas : le Crédit Mutuel, comme l’Eglise apostolique et romaine, n’est et ne peut être qu’une seule entité hors de laquelle point de salut. Sa réplique (parallèlement à un intense lobbying) vient la semaine dernière : il propose à l’assemblée générale des fédérations de Crédit Mutuel une profonde modification de statuts renforçant encore l’instance nationale. Arkéa formera bien un recours en référé contre cette proposition mais il sera rejeté, l’urgence n’étant pas constatée. Sans surprise, le projet de Michel Lucas sera adopté à une écrasante majorité (86%). Ce qui reflète bien la perte d’influence des Bretons au sein du Crédit Mutuel depuis de nombreuses années, même si elle est masquée par les très fortes positions régionales d’Arkéa et l’exceptionnel développement de ses filiales.

Des emplois menacés ?

Que peut-il se passer maintenant ? Les dirigeants d’Arkéa n’ont jamais été aussi discrets qu’aujourd’hui. Sans doute attendent-ils les suites de leurs démarches et de leurs plaintes avant d’évoquer d’autres actions qui pourraient être plus radicales encore. En tout cas, un compromis et une paix des braves paraissent exclus, même si Michel Lucas (76 ans) va bien finir par laisser la place à un successeur. Le schisme semble proche. Peu à peu, le nom « Arkéa » prend le pas sur « CMB » et le groupe s’est offert une nouvelle identité visuelle, différente de celle du Crédit Mutuel. Sûrement un signe. Quoi qu’il en soit, les enjeux sont importants et les dirigeants n’ont pas de mal à faire vibrer les fibres indépendantistes, dans leurs troupes comme chez les responsables politiques et économiques de leurs territoires dont certains ont déjà réagi. Des milliers d’emplois très qualifiés pourraient être menacés, dans les sièges du groupe et des filiales, si demain Arkéa était contraint de rentrer dans le rang et de s’aligner. Impensable.

René Perez
3 Commentaires
  1. Marc

    Quel gàchis ! Des querelles d’égos avec pour support des stratégies d’expansion tous azimuts et les risques que cela comporte. J’aime bien le CMB mon père y a travaillé mais aujourd’hui je pense qu’il est émis de revenir aux fondamentaux de l’économie réelle : l’emploi et le développement territorial. Un peu colle le fait PSA banque… Alors ne nous laissons pas doubler sur ces champs.

    • David Gallou

      Je suis désolé de vous titiller là dessus monsieur, mais pour information en fait psa Banque, cela n’a que le nom de psa, en fait c’est géré en marque blanche par une autre société qui est… le crédit mutuel Arkea….. Donc en fait les fondamentaux, hé bien, ils pratiquent toujours. Cordialement

  2. Observateur

    Il s’agit d’un peu plus qu’une querelle d’égos orchestrée par tel ou tel camps, il s’agit ici d’une confrontation directe entre deux groupes.
    Pour ce qui concerne le retour au fondamentaux, c’est exactement ce que défends le groupe Crédit Mutuel Arkéa depuis des années en poursuivant son implantation (celle des sièges sociaux) dans le bassin brestois et en poursuivant une politique d’investissement sociale et locale.

    Concernant l’exemple donné, il ne faut pas oublier que PSA Banque s’appuie sur une filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa.

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