Giscard et la Bretagne : des cochons pendus aux pales de son hélico

Giscard et Chirac ont tous deux labouré les terres bretonnes, si emblématiques de la France rurale, celles qui en ce temps-là faisait gagner les élections. Mais si le second, ministre puis Premier ministre de Giscard était presque comme un poisson dans l’eau en Bretagne grâce à la stature qu’il avait gagnée au titre de ministre de l’Agriculture très apprécié du monde paysan, Giscard, lui, eut nettement plus de mal. Question de style sans doute. Son côté hautain et distant, son français châtié et peu chaleureux, sa réticence manifeste à venir tâter le cul des vaches…

Les relations furent nettement plus froides avec les Bretons et à chacune de ses visites, il entendit de loin les voix de milliers de manifestants remontés. Il est vrai que la crise du pétrole était passée par là, créant les premières affres du chômage et des fermetures d’usines. Mais il y avait aussi la pression exercée contre lui par la gauche en voie d’unité, entamant sa conquête des villes bretonnes pour en faire des places fortes du changement en marche. Et en sous-main, Giscard dut probablement aussi affronter les réseaux actifs de Chirac, s’arrangeant à chacune de ses visites pour souffler discrètement sur les braises et forger l’image d’un président impopulaire.

Spontané ou orchestré ?

Pour ceux qui ont vécu cette époque, une image revient forcément en mémoire : celle des cochons pendus aux pales de son hélicoptère, à Landéda dans le Nord-Finistère. Il était alors en visite après l’échouage de l’Amoco-Cadiz, en 1978. Mais il avait mis cinq mois avant de se décider à venir, ce qui avait chauffé l’atmosphère, y compris celle des paysans venus dans l’espoir de le rencontrer mais qui furent tenus à distance. Pas suffisamment, au point de réussir à suspendre des porcelets aux pales de son hélicoptère sans que l’on sache si ce geste était spontané ou orchestré. Et certains se demandèrent même si la photo qui fit le tour de France ne ressemblait pas à un tour de cochon joué par les réseaux chiraquiens bien implantés dans les milieux agricoles. Le préfet du Finistère, lui, eut une réponse rapide. Dès le lendemain, il fut limogé.

Lancement de la charte culturelle

Des manifestations, il y en eut donc souvent lors des passages de Giscard en Bretagne. La première fut bien sûr sa visite à Brest, quelques mois après son élection, comme le font tous les présidents nouvellement élus, au titre de chefs des Armées. Ils viennent, en quelque sorte, faire le tour du propriétaire. Giscard, ce jour-là, partit passer treize heures en plongée à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE). A Brest, pendant ce temps-là, 10.000 personnes manifestaient contre la politique Giscard-Chirac qui étaient encore copains comme cochons. Cela ne dura pas. Idem en 1977 quand il vint au départ de la Jeanne. 5.000 personnes à la manif. Lors de sa tournée quasi-électorale avant les législatives de 1978, le scénario fut le même à Quimper. 10.000 personnes affrontant la police .

Les visites de Giscard ne furent pas de tout repos à la pointe bretonne ou la gauche progressait à grands pas mais furent nettement plus apaisées quand il vint, par exemple, dans le Morbihan, département plus conservateur, comme à, à Coëtquidan ou encore Ploermel où il la lança les bases de la charte culturelle.

Elle est là pour rappeler que Giscard fut un président réformateur et que grâce à lui, bien des causes ont avancé. Avec cette charte, l’enseignement de la langue bretonne fit un pas décisif. Et lors de son passage dans le sillage de l’Amoco, il décida l’éloignement des navires croisant près des côtes bretonnes et le recours aux remorqueurs Abeille. Il lança ainsi le Rail d’Ouessant, mode de circulation maritime qui a permis de stopper la série d’échouages de bateaux sur les côtes bretonnes.

Bretagne Bretons
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