Gilets jaunes. La discrétion de la classe politique bretonne

La Bretagne, connue pour ses accès de fièvre et ses poussées éruptives, semble plutôt en retrait sur le mouvement des gilets jaunes. La mobilisation est certes bien là et des villes comme Quimper, Rennes ou Brest ont connu leur lot de manifestations mais le contraste est réel par rapport à ce que l’on a pu connaître, par exemple, pendant le mouvement des bonnets rouges. Une fois n’est pas coutume, la Bretagne est plutôt classée parmi les régions « raisonnables » en terme de blocages et de dégâts collatéraux des manifestations alors qu’elle figure généralement sur le podium des grandes colères sociales.

C’est dire si ce mouvement est hors normes et vraiment inclassable tant il recèle d’aspirations sociales et politiques d’une singulière diversité et de traductions locales comme on n’en a jamais vues, avec les ronds points comme points de fixation. Parti sur les chapeaux de roues de la voiture (80 km/h, taxes carburant, nouveaux contrôles techniques, hausse des amendes…) le mouvement est ensuite parti dans toutes les directions pour échapper aujourd’hui à toute définition. Au point que les tensions entre gilets jaunes eux-mêmes sont aujourd’hui manifestes dans certaines régions.

Face à un tel maelström, la classe politique bretonne a prudemment choisi de se tenir en retrait. On n’a pas vu de grands élus s’afficher avec le gilet jaune alors que le bonnet rouge avait suscité bien plus de soutiens, des chefs de file de l’opposition de droite comme Marc Le Fur ou l’ex-préfète de région Bernadette Malgorn n’hésitant pas à s’afficher en tête de manifestations.

Ici, rien de tout cela et les déclarations publiques se tiennent pratiquement dans les doigts d’une main. Jean-Yves Le Drian, lors d’une interview radio au début du mouvement, a reconnu qu’il y a « une souffrance qu’il faut entendre et respecter ». Depuis, il s’est fait silencieux devant la tournure plus politique prise par le conflit. Marc Le Fur a choisi, lui, de ne pas intervenir publiquement, et d’autres, comme l’ex-ministre morbihannais François Goulard se sont surtout efforcés de relayer les appels au calme. Christian Troadec, maire de Carhaix et ex-chef de file des bonnets rouges, a bien pris part à un défilé dans sa ville au début du mouvement mais s’est gardé ensuite de faire de grande déclaration dont il est coûtumier.

La Bretagne plutôt en retrait, ce n’est pas fréquent dans les grands mouvements sociaux. Mais cela tient aussi à la coloration prise par le mouvement, de toute évidence orchestré en sous-main par des éléments d’extrême gauche et d’extrême droite dans des régions où ces tendances sont bien représentées. Ce n’est pas le cas en Bretagne, ce qui tend à expliquer, tout à la fois, la relative modération des manifestations et la discrétion de la classe politique bretonne.

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider