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François-Régis Hutin. Pilier de la presse bretonne

François-Régis Hutin vient de s’éteindre à l’âge de 88 ans. Patron du groupe Ouest-France dont il n’a cédé les commandes que l’an dernier à Louis Echelard (ex-haut dirigeant du CMB à Brest ), l’homme de presse rennais symbolisait la réussite exceptionnelle de la presse bretonne, aujourd’hui encore le plus solide du panorama régional français.

Formé au journalisme dont il a toujours gardé un goût prononcé pour l’écriture, il a fait de Ouest-France un mastodonte de la presse française, non seulement par un tirage deux fois supérieur à ceux de quotidiens nationaux comme Le Monde ou Le Figaro mais aussi par la constitution d’un très grand groupe de près d’une centaine d’hebdomadaires locaux ou spécialisés, comme Le Marin, ainsi qu’une régie publicitaire classée en tête du secteur en France.

Tout en dirigeant le groupe, il a toujours produit des éditoriaux portant la signature d’un humaniste et Européen convaincu, s’intéressant aussi bien à la misère en Afrique qu’à la situation des prisons en France, défendant de multiples causes humanitaires ou combattant résolument contre la peine de mort au temps où une majorité de Français y était encore favorable. N’hésitant jamais à s’appuyer sur sa foi chrétienne, il indisposa parfois des lecteurs (et même certains de ses journalistes) mais resta jusqu’où bout un homme de conviction, ne renonçant jamais aux choix qui furent toujours les siens.

Respect mutuel

François-Régis Hutin était aussi le dernier grand représentant breton de cette presse d’après-guerre qui dut tout reconstruire à partir de maigres ressources, y compris en papier. Il fallut parfois se battre pour obtenir des bobines et déjà à cette époque-là, Ouest-France (ex-Ouest-Eclair) et Le Télégramme (ex-Dépêche de Brest) se livraient une bataille qui n’aura jamais faibli. Loin des commentaires laissant supposer que ces deux journaux relevaient d’une seule et même boutique, la concurrence fut toujours féroce entre les deux titres, que ce soit dans la couverture rédactionnelle, le marché publicitaire ou même et surtout les actions promotionnelles. Elles prirent parfois des allures cocasses comme lors de Brest 92, le premier grand rassemblement de vieux gréements qui permit au Télégramme de battre son record de tirage, le 14 juillet 1992. Il est vrai qu’à l’époque, Ouest France ne paraissait pas les jours fériés…

Trois jours plus tôt, au tout début de la fête, un camion de Ouest-France était curieusement tombé en panne à l’entrée principale. En arrivant, on ne voyait que le gigantesque logo Ouest-France du poids lourd, garé perpendiculairement à l’entrée. Et malgré les réactions indignées des concurrents du Télégramme, le dépanneur n’arriva que le jour où s’achevait la fête. C’était folklo !

Mais cette concurrence n’empêcha jamais le respect mutuel des dirigeants des deux quotidiens, chacun convaincu qu’il n’y a rien de mieux que la concurrence pour stimuler un groupe de presse à l’heure où tant de départements français sont maintenant soumis à des situations de monopole de presse régionale, généralement synonymes de déclin progressif.

Lors d’une interview, il y a une vingtaine d’années, François-Régis Hutin alla même jusqu’à affirmer que selon lui, le meilleur journal de France c’était Le Télégramme, en référence à son succès malgré de faibles ressources et une situation très enclavée, à la pointe de la Bretagne. Là aussi, il fut visionnaire. En 2009 puis en 2015, Le Télégramme a décroché à deux reprises le titre de meilleur quotidien français, attribué par le jury de journalistes réunis à l’initiative de CBNews.

René Perez
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