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Forêt bretonne. Il faut remettre la main aux fûts

Ces dernières années, surtout en Centre-Bretagne, on a vu des milliers de fûts entassés aux bords des routes, tous ces troncs d’arbres débités attendant d’être transportés vers des horizons parfois très lointains. Les coupes ont été multiples dans les forêts armoricaines, sous le double effet de l’arrivée à maturité de nombreuses plantations et d’une demande mondiale portée par la frénésie d’achats chinois. D ‘un côté, les espèces plantées dans les années 60-70 avec le soutien des Eaux et Forêts de l’époque. De l’autre, l’appêtit chinois qui a fait une véritable razzia planétaire sur les bois de coupe avant de ralentir brutalement, comme pour l’ensemble de ses autres activités.

126.000 propriétaires !

Ces coupes multiples ont mis en évidence les carences de la forêt bretonne et les faiblesses de sa filière. En Bretagne, on exporte du bois brut et on importe du bois d’oeuvre, comme si la région se situait dans un pays en voie de développement, incapable d’apporter une véritable valeur ajoutée à sa production locale. Seconde faiblesse étroitement associée à la première : en trente ans, la Bretagne a perdu plus de la moitié de ses entreprises du bois. Des scieries à l’ameublement, bien des entreprises ont mis la clef sous la porte. Avec une troisième faiblesse congénitale : la forêt bretonne est très émiettée, ce qui rend difficile une exploitation rationnelle de la ressource. En Bretagne, on ne compte pas moins de 126.000 propriétaires forestiers (un foyer breton sur onze !) pour la plupart de moins d’un hectare, ce qui situe l’ampleur de la tâche pour certains syndicats forestiers quand il faut connaître les propriétaires de parcelles qui n’ont jamais vu l’ombre d’ un géomètre.

14% en Bretagne, 29% en France

La forêt ne figure donc pas tout à fait au rang des grands atouts économiques de la Bretagne qui, il est vrai, est la région la moins boisée de France continentale. 14% de son territoire est couvert de forêt contre 29% au plan national. L’explication tient bien sûr à la forte prédominance de l’agriculture. Mais par l’effet des abandons d’exploitations pour les raisons que l’on connaît, entre 2.000 et 3.000 hectares de parcelles agricoles deviennent chaque année des friches colonisées par les landes ou des futaies sans valeur. Cela contribue à augmenter la taille de la forêt mais pas de façon rationnelle, alors que les multiples coupes récentes font craindre un manque de fûts dans quelques années.

De 3.000 à 7.000 € par hectare

C’est en prenant en compte tous ces carences de la forêt bretonne et le manque de valeur ajoutée de la filière bois que la Région a décidé de lancer un programme de reboisement avec le concours de l’Europe, l’Etat et les départements. « Pas trop tôt » disent des spécialistes de la question devant l’affaiblissement progressif de la filière bretonne du bois et les réticences de nombreux propriétaires à se lancer dans des investissements dont beaucoup ne verront pas les fruits. C’est un placement à très long terme, pour les générations suivantes.
Cet hiver, on commence à voir les premières applications de ce plan qui apporte un soutien de poids aux propriétaires retenus puisque l’aide accordée va de 3.000 à 7.000 euros par hectare, selon les secteurs et les espèces plantées. Au total, le plan consacre 10 millions d’euros sur cinq ans, destinés aux propriétaires privés qui représentent environ 90% de la foret bretonne, les 10% restants étant du domaine public.

René Perez
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