Bretagne. Comme l’électricité jadis, la fibre piétine en campagne

La Covid a entraîné un fort intérêt pour le Centre-Bretagne et le retour à des modes de vie plus simples. Il a aussi ouvert de nouvelles perspectives de pouvoir télétravailler dans un environnement agréable et des conditions de vie qui le sont tout autant. Mais voilà, encore faut-il avoir du réseau ! Et dans certaines zones du Centre-Bretagne, il est encore exclu de s’installer si on a une activité sur le net nécessitant un bon débit. Heureusement, la fibre arrive.

Elle va pouvoir multiplier de vingt à quarante fois certains débits très moyens et ouvrir les perspectives que l’on imagine. Mais tout cela ne se fait pas à la vitesse du cheval au galop, comme la marée en baie du Mont-Saint-Michel. Car le plus gros chantier de France, bien supérieur à celui des TGV, est une opération à deux vitesses. Celle des villes et celle des champs. En zone urbaine, 85 % de la Bretagne est déjà couverte. En zone rurale, on en est à 35 %. Dans un cas, on peut équiper tout un quartier sans tirer beaucoup de fil, dans l’autre il faut compter 119 mètres en moyenne par habitation de campagne.

Les prévisions de Mégalis sont donc très en retard. En 2015, le syndicat mixte public-privé pour le très haut débit (avec la Région comme chef de file) avait programmé un million de prises en 2020, dans les zones rurales. A cette date, il n’y en avait encore que 150.000. C’est dire si on est encore loin du compte, tant le différentiel peut ainsi paraître extravagant.

Il est vrai que les difficultés techniques se sont révélées plus ardues qu’anticipées en raison de la nature même de l’habitat breton, le plus dispersé de France. Plus il y a de points sur la carte, plus il y a de centaines de kilomètres de fil à tirer. Mais les opérateurs se sont également heurtés à des problèmes de recrutement de personnel qui n’avaient pas été prévues, au regard du taux de chômage. Comme il est moins élevé en Bretagne qu’en moyenne nationale, la difficulté s’est révélée plus ardue. Et puis là-dessus, la Covid n’a rien arrangé.

En zone rurale, le retard s’est donc accumulé, comme au temps de l’électrification de la Bretagne centrale. Malgré la création de syndicats d’électricité, certains durent attendre vingt ans pour voir enfin arriver la fée électricité. Avec la fibre, ça devrait tout de même aller plus vite…

Julien Perez
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