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Ferrand-Urvoas. Mais d’où vient le malaise ?

Toute une jeune génération de députés s’installe à l’Assemblée. Les novices vont apporter de l’air frais et sans doute des idées neuves ? Mais dans l’hystérisation médiatique qui aura marqué cette campagne, a-t-on pris le temps de mesurer ce que nos institutions perdent avec le départ de certains députés d’expérience, au service de la Nation, bien loin des caricatures véhiculées par le dégagisme ambiant ?

Parmi les grands battus figure Jean-Jacques Urvoas (56 ans) ex-député PS de Quimper et tout récent ministre de la Justice. Le Finistérien est considéré comme l’un des plus grands connaisseurs de notre Everest législatif, ce qui lui a valu d’être nommé président de la commission des Lois de l’Assemblée nationale, sans conteste la plus ardue tant elle suppose de travail constant et obscur mais aussi d’esprit de synthèse consensuelle pour rallier le maximum de députés à un projet ou une proposition de loi.

Ses adversaires, du reste, ont souvent loué l’ouverture d’esprit du Quimpérois et son travail sans relâche à la tête de cette commission, fonction qu’il exerçait à plein temps puisqu’il ne cumulait son mandat de député avec aucune autre fonction élective.

Mais Jean-Jacques Urvoas est également connu comme l’un des plus grands spécialistes du monde de la justice et des forces de sécurité pour s’être immergé pendant deux ans dans cet univers complexe, passant presque sans transition des palais de Justice aux quartiers nord de Marseille et des commissariats de banlieue aux prisons surpeuplées. Une expérience, unique à ce jour, d’immersion totale d’un député qui deviendra ministre, pour connaître toutes les composantes de cet univers d’où il aura rapporté des milliers de notes et de fiches ainsi que l’estime de tous ceux qui ont reconnu la qualité de cette approche pragmatique de quelques-uns des grands problèmes de notre société.

Des ministres ménagés

Tout ce travail accumulé va-t-il se perdre ? Probablement non et les étudiants de Brest seront les prochains à en bénéficier puisque Jean-Jacques Urvoas, à la rentrée, va retrouver son poste d’enseignant à l’Université de Bretagne occidentale. Mais au delà de tout ce travail prospectif se pose une question : pourquoi Richard Ferrand, le grand ordonnateur de la composition des listes de la République En Marche n’a-t-il pas faire preuve, à l’égard de Jean-Jacques Urvoas, de la même bienveillance qu’il a manifesté à l’égard d’autres ministres sortants comme Manuel Valls, Stéphane Le Foll, Marisol Touraine, Myriam El-Khomri ou encore George-Pau Langevin qui n’ont pas eu d’adversaire En Marche face à eux ?

Richard Ferrand, les résultats en témoignent, a bien fait son boulot d’organisateur de ces législatives pour En Marche et la performance n’est pas mince quand on sait dans quel délai il a bouclé l’affaire, allant jusqu’à une prise de bec homérique avec François Bayrou. Mais le député de Châteaulin a-t-il si peu de bienveillance à l’égard de son voisin de Quimper pour l’avoir ainsi considéré comme un opposant à éliminer ? Mystère ! Tous deux ont longtemps été membres du même parti et le député de Quimper a reçu un soutien remarqué de Jean-Yves Le Drian avant le second tour. Il n’aura pas suffi à sauver l’ex-ministre de la Justice dans ce département du Finistère qui n’a pas fait dans la demi-mesure en passant, sans transition, de huit députés socialistes à huit députés En Marche ! Qui dit mieux ?

René Perez
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