La pêche industrielle dans le collimateur

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Pêche au bar autour de la pointe du Raz. Photo Christophe Alary / common creative

En début d’année, la commission avait déjà envoyé un gros coup de semonce en décidant, dans l’urgence, d’interdire la pêche au bar aux bateaux équipés de chaluts pélagiques (plutôt destinés à la haute mer) dans la zone Manche, du 1er janvier au 30 avril, laps de temps excédant largement la période de frai où le poisson vient se reproduire. Cette fois, elle va plus loin puisqu’elle préconise une interdiction totale de pêche, du 1er janvier au 30 juin, pour tous les engins de pêche et une limitation à une tonne par mois et par bateau pour les six mois suivants. Les restrictions toucheraient également la pêche de loisir (un bar par jour et par pêcheur au lieu de trois), l’objectif affiché étant de faire baisser les prises de 46% après des rapports alarmants produits pour des scientifiques. Confirmation dans les ports de Bretagne où cet été, les amateurs de pêche au bar n’ont pas retrouvé, loin de là, les sensations d’une année normale.

Cette annonce a aussitôt provoqué des réactions d’associations de pêcheurs et de députés européens mettant en cause la brutalité de cette décision qui n’en est encore qu’au stade de la préconisation. Elle va faire l’objet de discussions entre ministres et Parlement européen et la France sera aux avants-postes puisqu’elle représente, à elle seule, pas moins de 70 % des captures à l’échelle de l’Union européenne.

L’arrivée des navires industriels

Comment a-t-on pu en arriver là alors que que le bar n’est pas une espèce sous quota de l’Union européenne et ne fait pas l’objet d’un suivi à grande échelle, donc ne figure pas parmi les espèces les plus menacées ? C’était effectivement le cas il y a quelques années encore où les métiers de pêche intervenant sur cette espèce relevaient de la pêche côtière et artisanale. Il y avait là les fameux ligneurs du raz de Sein qui traquent le bar sur des terrains minés, les fileyeurs qui viennent relever leurs filets à intervalles réguliers ou encore les petits chalutiers du littoral breton.

La situation s’est nettement compliquée quand des unités de pêche bien plus imposantes se sont elles aussi tournées vers le bar, généralement en raison de l’appauvrissement de la ressource ailleurs. Leur arrivée ne passa pas inaperçue, il y a une quinzaine d’années, notamment quand des bolincheurs avec leurs filets tournants vinrent faire une razzia en mer d’Iroise, en pleine période de frai. 23 tonnes de bars grainés en une seule prise au moment de la reproduction, vendus au prix de retrait car la quantité dépassait largement les attentes des criées.

L’affaire fit grand bruit mais ne marqua que les prémices de l’arrivée des unités industrielles puisque ces dernières années, ce sont surtout les chalutiers pélagiques, ceux qui habituellement pêchent en haute mer, qui ont à leur tour semé la zizanie. Les chalutiers pélagiques de La Turballe (une trentaine) et de Lorient (une dizaine) se sont soudain retrouvés dans le collimateur au point que la commission a pris des mesures d’urgence pour leur interdire de pratiquer la pêche au bar en zone Manche tant leurs chaluts ratissaient large une espèce se groupant en banc quand elle va se reproduire…

Alors faut-il s’en prendre à Bruxelles ? Du côté des ligneurs du Raz de Sein, on ne se contente pas de reprendre le crédo habituel mettant en cause la technocratie bruxelloise pour lui préférer un constat lucide sur l’échec de la cogestion à la française : « Les représentants des segments les plus productivites de la pêche professionnelle, disent-ils, ont phagocyté les instances décisionnelles, bloquant toute décision courageuse. Leur priorité, c’est le profit immédiat sans considération pour les impératifs de protection de la ressource ».

René Perez

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