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Quelle facture pour le contribuable ? Notre-Dame-des-Landes, priez pour lui…

Combien l’abandon de l’Aéroport du Grand Ouest va-t-il coûter à l’Etat ? Personne ne peut le chiffrer précisément, mais on sait que ce sera cher, et on peut supposer que les informations du gouvernement risquent d’être incomplètes, biaisées, ou parsemées de zones d’ombre. Il est vrai que cette affaire est complexe et que l’Etat dispose de tous les leviers nécessaires à l’entretien d’une opacité de bon aloi lorsqu’il s’agit d’éviter de traumatiser le contribuable.

Déjà 121 millions

Déjà, avant même d’aborder la question des indemnités de résiliation du contrat de concession attribué à Vinci Airports, les premières factures viennent d’être adressées cette semaine au gouvernement. Il s’agit de la note des collectivités (1) pour les études réalisées par le Syndicat Mixte Aéroportuaire dont elles sont membres : il y en a pour 31 millions. S’ajoute la facture de 90 millions présentée par le concessionnaire déchu pour les études et travaux de conception financés sur ses fonds propres. A ces 121 millions vont s’ajouter les frais de remise en état du site (1.600 hectares acquis par le Département) et notamment de la route 281 à propos de laquelle l’Etat ne devrait pas chicaner.

Et le pire est à venir

Et il restera le gros morceau : les sommes inscrites dans l’article consacré à la résiliation par l’Etat du décret du Premier ministre validant la concession. Les dispositions de ce texte prévoient le paiement intégral du manque-à-gagner de Vinci sur la durée d’exploitation, soit 55 ans. On ne sait pas sur quelles perspectives chiffrées s’était basé le concessionnaire pour estimer la rentabilité du projet, mais il est sûr que les gains d’un tel équipement accumulé sur plus d’un demi-siècle représentent une somme rondelette de plusieurs centaines de millions.

Il y a le remboursement des emprunts. Pour le capital, Vinci n’a guère eu à y toucher. En revanche, la société s’est couverte auprès d’organismes prêteurs pour assurer la construction (470 millions estimés en 2010, date du décret) et l’exploitation de l’aéroport jusqu’à échéance de la concession, et le décret prévoit une indemnité d’un montant égal à l’intégralité des coûts de rupture des instruments de couverture. C’est à dire que la totalité des intérêts sur une durée de 55 ans pourraient être dus. Une fortune !

Euros, carbone et équilibre

Combien au bout du compte ? 350 millions d’euros, disent certains informateurs au doigt mouillé. Bien moins que cela, jure le gouvernement qui a promis de « négocier » voire de trouver des « arrangements » avec Vinci. Un milliard, sans doute plus et peut-être près de deux, calculent les économistes maximalistes en mettant les choses au pire.

La vérité est sans doute quelque part entre un peu moins de 350 millions et pas tout à fait deux milliards… Selon un politique « proche du dossier », il pourrait s’agir de 700 millions assortis d’un « arrangement » qui permettrait à Vinci Airports d’augmenter sa participation au capital du géant ADP Group (2) dont il détient déjà 8%.

L’ardoise financière paraît bien sévère pour avoir abandonné le « vieux projet de 50 ans» de Notre-Dame des Landes au profit du maintien de Nantes-Atlantique né d’un projet d’il y a près de 100 ans. Et l’ardoise environnementale ne l’est pas moins si l’on se souvient que la ministre de l’Aménagement du Territoire et des Transports Dominique Voynet avait relancé NDDL en 2000 pour ses atouts en matière d’équilibre territorial et de bilan carbone. Les Verts, semble-t-il, changent plus vite que le climat…

 

(1) Régions Pays de la Loire et Bretagne, Départements de Loire-Atlantique, Ille et Vilaine, Morbihan, Mayenne et Maine et Loire, métropoles de Nantes, Rennes et Angers, agglomérations et Saint-Nazaire et Guérande, et huit communautés de communes de Loire-Atlantique et d’Ille et Vilain

(2).  Aéroports De Paris Group (3e mondial de la conception, l’exploitation et la construction d’aéroports), détenu à 50,6% par l’Etat, 8% par Schipol Group (Aéroports, Pays-Bas), 8% Vinci Airports, 5,1% Prédica (Assurances, filiale du Crédit Agricole), 23,6% actionnaires institutionnels, 4,7% individuels et salariés.

Pierre Delannée
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