Christiane Lambert,  présidente de la FNSEA

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

États généraux de l’alimentation : les syndicats agricoles inquiets.

Les élections aux Chambres d’agriculture auront lieu en janvier 2019. C’est un moment clé pour le monde agricole, car le résultat de ces élections marque la représentativité des organisations pour 6 ans.

Autant dire que pour le syndicalisme majoritaire FNSEA/JA, ou que pour ses challengers de la Coordination rurale (CR) et de la Confédération paysanne (CP), il n’est pas question de manquer ce rendez-vous. D’autant que ces élections vont se tenir dans un climat particulier.

L’arrivée d’Emmanuel Macron, le chamboule-tout politique qui s’en est suivi, et le lancement des Etats généraux de l’alimentation (EGA), avec la promesse d’une construction plus juste des prix agricoles, ont suscité beaucoup d’espoir. Mais aujourd’hui, alors que le projet de loi issu de ces EGA est en passe d’être adopté, le soufflet est retombé. Et l’espoir fait place à la déception. Car, pour l’ensemble des syndicats agricoles, le compte n’y est pas.

La construction des prix en « marche avant », c’est-à-dire en partant des coûts de production des agriculteurs, qui devait être la mesure phare de cette loi, accouche d’une souris. Le Gouvernement a retenu un mécanisme compliqué d’indicateurs de prix qui devront être élaborés par les interprofessions. En cas de défaillances de ces interprofessions, ou de non respect de ces indicateurs, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert promet des sanctions : « Mon rôle, c’est de mettre la pression sur l’ensemble des opérateurs pour qu’on puisse réussir cette négociation » a-t-il déclaré. « Lors du déroulement des négociations commerciales, nous contrôlerons et nous sanctionnerons les comportements abusifs, comme nous l’avons déjà fait cette année » a confirmé le Premier ministre Edouard Philippe le 19 septembre devant les Chambres d’agriculture.

Insuffisant pour les agriculteurs. Pour Bernard Lannes, président de la Coordination Rurale, « cette loi n’aura pas d’effet sur le revenu des agriculteurs ». « L’Etat abandonne les paysans ! » constate la Confédération Paysanne. La FNSEA a beaucoup misé sur la réussite de ce texte. « Il y avait des opportunités à saisir. Nous avons eu un discours réaliste et offensif », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

« La loi ne va pas dans le bon sens. Mais on ne peut pas nous reprocher notre implication » ajoute Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs. « On va continuer à se battre jusqu’au bout » poursuit-il en évoquant les futures ordonnances qui viendront compléter le dispositif législatif. « Nous avons gardé intacte notre capacité d’indignation » rappelle Christiane Lambert. « Nous sommes toujours un syndicalisme de solutions. Nous sommes un syndicalisme de projets » précise la présidente, voulant ainsi démarquer son syndicat de ses concurrents. Ce volontarisme sera-t-il suffisant ? Ou la FNSEA risque-t-elle de payer dans les urnes sa trop forte implication dans ces EGA ?

C’est en grande partie l’enjeu de ces futures élections. La FNSEA entend bien rester majoritaire (53,39 % des voix en 2013), et même récupérer des Chambres départementales perdues la dernière fois. Mais la CR qui veut confirmer sa progression qui lui avait permis d’arriver en deuxième position (20,49 %), et la CP, qui veut repasser au-dessus des 20 % (18,54 %) sont en embuscade.

Olivier Masbou - Agence Socopag
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