bateau

Epave de l’Amoco. Pas vraiment le monde du silence

Le 16 mars 1978, il y a quarante ans tout juste, l’Amoco-Cadiz s’échouait au large de Portsall, dans le Nord-Finistère. L’une des plus grandes catastrophes écologiques de l’histoire étendait sa nappe, sous le regard incrédule et scandalisé des Bretons. Au fil de ces quarante années et d’un long procès resté dans les mémoires, on a tout dit et tout écrit sur cette catastrophe symbolisé par l’impressionnante gueule de l’Amoco sortant des flots. Une image semblant tirée des Dents de la mer, tant l’étrave et son bulbe avaient quelque chose du requin géant, arrivant en faisant tan-tan-tan-tan pour semer la terreur.

Cette image de l’Amoco, gueule ouverte sur fond de marée noire, a fait le tour du monde. Tous les journaux, toutes les télés l’ont un jour montrée avant qu’elle ne disparaisse sous les coups de boutoir des redoutables tempêtes de la pointe bretonne. Brisée en deux, la coque a fini par couler mais contrairement aux épaves classiques, elle n’a pas vraiment été colonisée par les poissons. Ils ont au contraire gardé leurs distances car l’une des caractéristiques de cette épave, c’est d’être très bruyante. Le tintamarre a certes tendance à s’atténuer au fil des ans et du desossage progressif. Mais ceux qui ont eu l’opportunité de plonger dans les années qui ont suivi le naufrage étaient tous impressionnés par ce bruit de tôles permanent, orchéstré par la force des courants secouant les parties les parties démembrées de l’épage géante.

Le Brestois Yves Gladu, photographe réputé du monde sous-marin, a été l’un des premiers à témoigner du vacarme régnant sous l’eau et de la rareté des poissons venant s’aventurer au milieu de ce concert métallique qui devait avoir le même effet que la Castafiore sur les oreilles du capitaine. Mais le photographe a aussi témoigné de la vitesse à laquelle la mer a pris sa revanche sur le monstrueux pétrolier. Dans ces parages très sablonneux, elle a rapidement entamé son œuvre, en engloutissant peu à peu l’épave dans une gangue de sable.

Ceux qui plongent quarante ans plus tard sur l’épave témoignent qu’il ne reste plus aujourd’hui grand-chose du gigantesque navire. Il a été peu à peu avalé. Et il n’est peut-être pas très loin le temps où un linceul de sable aura définitivement eu raison de l’immense carcasse.

Bretagne Bretons
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider