Stéphane Le Foll doit rencontrer les éleveurs dans les prochains jours mais que va-t-il pouvoir leur annoncer?

Stéphane Le Foll doit rencontrer les éleveurs dans les prochains jours mais que va-t-il pouvoir leur annoncer?

Éleveurs bretons. La tête dans le seau

Le mode d’action des agriculteurs repose sur le coefficient maximum d’emmerdement. En bloquant les routes de leur propre région, ils ont une fois encore déclenché des réactions très hostiles parmi une majorité de Bretons eux-mêmes. D’un côté comme de l’autre, c’est la loi du genre. Et rares sont ceux qui approuvent les modes d’action. Mais ces controverses ne doivent pas faire oublier que jamais, depuis longtemps, les éleveurs de porcs comme de lait n’auront autant eu la tête dans le seau. Et à quel point leur situation pourrait avoir de lourdes conséquences pour toute la filière industrielle bretonne.

Le poids des chiffres

Manuel Valls a promis de les rencontrer. Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture devrait le faire dans les prochains jours. Mais ils n’auront peut-être pas face à eux leurs interlocuteurs habituels car l’apparition des bonnets roses incarne un mouvement parti de la base, symbolisant tout à la fois un désarroi très profond dans les campagnes et une perte de confiance générale, y compris à l’égard de ceux qui jusqu’à présent les représentent.

Au cas où il n’en auraient pas encore tout à fait conscience, Manuel Valls et Stéphane Le Foll verront à quel point la situation s’est dégradée avec un chiffre pour un marquage au fer rouge. Il y a six mois, Stéphane Le Foll était parvenu laborieusement à réunir industriels et grande distribution autour d’un engagement à 1,40 euro le kg de porc, initiative aujourd’hui condamnée par Bruxelles qui y voit une entente contraire aux règles communautaires. Bonjour l’entente ! Le porc est aujourd’hui à 1,08…

Le choc des normes

En rencontrant les membres du gouvernement, les éleveurs de porcs et de lait vont à nouveau remettre la transparence sur la table. Celle des prix quand un litre de lait acheté 30 centimes est parfois revendu trois ou quatre fois plus cher après un simple conditionnement. Transparence également des produits quand l’absence d’étiquetage sur l’origine ne permet pas de mettre en évidence les productions porcines qui ont répondu à certains normes obligatoires. A quoi sert-il de respecter des normes environnementales et alimentaires coûteuses si on ne peut pas en faire mention par rapport à une concurrence qui s’exonère de toutes ces règles ?

Quand ils parlent de cette traçabilité dont les industriels ne veulent pas, quand ils évoquent le régime des travailleurs détachés qui lamine leur production par une insurmontable distorsion de concurrence, quand ils détaillent les charges qui les rendent inopérants sur les marchés étrangers et les réduit au marché domestique déjà surchargé, les éleveurs ne font pas qu’étaler un présent douloureux. Ils ont aussi un œil sur un horizon pas vraiment radieux, dans l’impossibilité pour beaucoup d’investir dans leur métier. Et sans investissement dans l’élevage, ce sont des milliers d’emplois qui pourraient en pâtir dans l’agroalimentaire breton déjà bien secoué. Les membres du gouvernement ne peuvent ignorer cet inquiétant paramètre, même si leur marge d’action est singulièrement limitée dans un régime européen de concurrence ouverte où tous les producteurs sont égaux. Mais certains plus que d’autres quand les règles ne sont pas les mêmes.

René Perez
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