Du Mexique à la Bretagne les cartels de poudre blanche

Bruxelles vient d’autoriser la constitution de cartels de producteurs laitiers pour tenter de contrer la baisse des prix. Une dérogation exceptionnelle. Mais au fait, c’est quoi un cartel, terme qui sent bougrement le soufre ? Car à ce jour, c’est surtout en parlant du Mexique ou de la Colombie que ce mot-là se met parfois à surfer sur l’actualité, dans le sillage de trafiquants de poudre blanche de sinistre réputation planétaire.

Mais en France aussi, on eut notre cartel de poudre. Celui de ces marchands de lessive qui se firent pincer et lessiver pour s’être mis d’accord sur le prix de vente de leurs produits qui rendent plus blancs. Mais pour le blanchiment d’argent, ce fut loupé. 361 millions d’euros d’amende dont 280 pour l’Américain Procter and Gamble.

Dans un registre au profil un peu plus folklorique, on eut aussi le cartel du yaourt auquel l’Ouest de la France ne fut pas étranger. La preuve : les réunions se tenaient parfois à Montparnasse, dans un bistrot au nom exotique (« Au chien qui fume ») qui eût été plus indiqué pour d’autres cartels. C’est là que ces commerciaux de grands groupes laitiers français passaient quelques accords très confidentiels sur les prix et les appels d’offres. « Ici, je te laisse remporter le marché des petits suisses, là tu me laisse celui de la crème fraiche ». Tout cela était cuisiné aux petits oignons jusqu’à ce que le cartel se mette à pédaler dans le ya… pardon, dans la semoule, quand l’un des complices, Yoplait (appartenant à un groupe américain) décida de se mettre à table pour s’exonérer de poursuites ultérieures. Et tout le monde plongea !

Les cartels, ce ne sont donc généralement pas des organisations très recommandables. Et pourtant, Bruxelles vient donc d’autoriser les producteurs de lait à en créer pour constituer des ententes jusqu’ici interdites par les réglementations européennes qui autorisent à se parler mais pas à s’entendre…La commission européenne a exceptionnellement décidé de passer outre en encourageant la constitution de ces cartels où producteurs, industriels et distributeurs peuvent mettre au point des stratégies communes pour redonner un peu de hauteur au prix du lait. Mais tout cela ne s’annonce pas simple, d’autant que les si les producteurs de l’Europe du sud tirent la langue, ceux de l’Europe du nord s’accommodent très bien de la fin des quotas et n’ont pas mégoté pour augmenter leurs volumes, responsables de cette crise de surproduction.

En espérant que la constitution de ces cartels aient des effets bénéfiques, Bruxelles va commencer par fabriquer de la poudre blanche, ni mexicaine, ni détergente, mais bien de la poudre de lait pour désengorger le marché. Une première étape pour rendre un peu de fluidité aux transactions et faciliter les négociations dans les cartels. Alors, loin des barrages routiers et des odeurs de pneus brûlés, on espère que la Bretagne retrouvera un peu de calme et de sérénité. Car tel serait notre bon plaisir.

René Perez
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