Le Drian, prise de guerre de Macron ?

Pour les Bretons, le quinquennat qui s’achève aura été marqué par une densité ministérielle inédite. Jamais on n’aura vu défiler autant de Bretons au conseil des ministres, avec par ordre d’entrée en scène, Le Drian, Le Foll, Lebranchu, Hamon puis Urvoas, El-Khomeri et Le Roux qui a remplacé Cazeneuve à l’Intérieur pour un remake des Cinq dernières minutes. Et puisqu’il est dit que la touche armoricaine doit marquer ce quinquennat jusqu’au bout, voilà Benoît Hamon candidat à la présidentielle et Jean-Yves Le Drian projeté en première ligne du mercato élyséen. Mieux que Pogba à Manchester !

En ces temps de recomposition totale du paysage politique français, le marché des transferts ne bruisse plus que de l’éventuel ralliement de Le Drian à la candidature d’Emmanuel Macron. Le bicéphale ministre de la Défense et toujours président du conseil régional serait, il est vrai, une fameuse prise de guerre pour le mouvement En Marche ! Car même dans les rangs de l’opposition, on le tient pour le ministre qui a le mieux occupé son poste sous la présidence Hollande, par sa capacité à mener la troupe sur plusieurs théâtres d’opérations en cette période très troublée, par sa contribution à décrocher des marchés en rafales pour l’industrie militaire française mais aussi par sa stature d’homme d’État façonnée bien plus dans la rigueur silencieuse que dans le caquetage parisien.

Emmanuel Macron qui a fait du député finistérien Richard Ferrand son bras droit, sait qu’il lui manque des personnalités nationales de premier plan pour occuper ces postes régaliens (Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères…) qui constituent le socle gouvernemental. Réussir à recruter le ministre le plus populaire de l’ère Hollande serait une belle prise de guerre même si l’opposition à beau jeu de dire que le Breton avait peu de concurrents dans les gouvernements Ayrault et Valls, tant l’impopularité aura marqué ce quinquennat. Macron et Le Drian ont travaillé côte à côte dans le même gouvernement et le ralliement du second aurait non seulement un impact pour la présidentielle mais également pour les législatives qui suivront où l’expérience du second pourrait être très précieuse.

Du côté de la droite et du Front national, on raille déjà cet éventuel ralliement sur le registre « Au secours, Hollande revient! », tant ils ont tous deux marqué le quinquennat du président sortant. C’est effectivement le risque de porter une traçabilité politique plombée qui menace une telle alliance. Macron pour l’instant n’en a cure mais puisque certains sondages le donnent maintenant en tête, il devra aussi se méfier de l’autre syndrome qui fait des ravages : les favoris, ces derniers mois, ont tous mordu la poussière, que ce soit du côté du Brexit, de Trump ou des primaires françaises. A sa place, on se méfierait…

René Perez
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