Photo Audrey AK

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Drapeau breton à l’Eurovision. On cherche un volontaire !

Alors on a droit ou pas ? Les organisateurs du concours de l’Eurovision qui se tient samedi à Stockholm nous ont offert une belle valse hésitation en morceau d’introduction. Alors que personne ne leur avait rien demandé, ils ont décidé d’interdire la présence de drapeaux régionaux parmi lesquels le drapeau breton puisqu’il est patent que c’est aujourd’hui l’étendard régional le plus connu dans le monde. Oui, dans le monde, car le gwen-ha-du est devenu l’objet d’un rituel régional : se faire photographier dans les endroits les plus insolites de la planète comme le prouve le site Breizh Flag Trip Tour qui recense une impressionnante collection de clichés en couleurs où il y a toujours du noir et blanc. Et dans toutes les grandes manifestations, il ne passe jamais inaperçu avec son chromatisme qu’on ne retrouve, parait-il, que dans le drapeau des Talibans. Noir et blanc lui aussi. Bonjour le voisinage.

Or donc les organisateurs ont décidé d’interdire. Et comme chaque fois en pareil cas, l’interdiction déclenche des réactions alors que personne n’évoquait la perspective de se pointer avec des drapeaux régionaux. Donc polémique, controverse et tout le tremblement. Mais comme les Suédois ont l’art du compromis, ils n’ont pas sorti le 49.3. Ils ont décidé d’autoriser à condition que cela ne gène pas les caméras.

Dans les choux depuis des années

Alors maintenant qu’ils ont donné l’autorisation, on aurait bonne mine si on n’y allait pas. Or, à notre connaissance, aucun Breton n’avait envie d’aller à l’Eurovision de Stockholm,samedi, avec un gwen-ha-du, vu que c’est le week-end de la Pentecôte et qu’on n’a toujours pas compris si on bosse ou pas lundi. Et pourtant il va falloir se dévouer pour y aller car la honte serait sur nous si on ne voyait pas un drapeau breton alors que les autres régions vont sûrement profiter de l’occase pour aller se montrer. Elles non plus n’avaient pas l’intention d’y aller mais maintenant que tout le monde en parle…

Mais s’il faut y aller, ce n’est pas seulement pour faire de la figuration. C’est parce qu’il y va de l’avenir du pays dans cette compétition. Depuis des années et des années, on se ramasse des bides monumentaux à ce radio-crochet international. Pas seulement parce que nos représentants ne sont généralement pas des chanteurs de bel canto mais parce que la France a tendance à irriter tous ses voisins. Une fois par an, ils nous envoient la monnaie de la pièce. Les Belges à cause de Coluche, les Irlandais pour la main de Thierry Henry, les Polonais à cause du plombier, les Espagnols pour leurs fruits et légumes sur nos routes, les Roumains pour les Roms, les Suisses pour la fin du secret bancaire, les Allemands pour le nucléaire, les Anglais parce qu’ils sont Anglais… Bref, dans un siècle, on est encore dans les choux.

La seule chance, c’est le drapeau breton. Car dans toute l’Europe, la Bretagne a la cote pour ses plages, pour ses crêpes et ses coiffes bigoudènes, pour l’authenticité de ses habitants, parfois rustiques mais jamais déplaisants, toujours fiers mais jamais arrogants. L’Europe estivale adore la Bretagne. La conclusion s’impose donc : pour que la France ait une chance de gagner, il faut que les Européens brittophiles et eurovisiophiles voient le gwen-ha-du samedi. Alors si quelqu’un pouvait se dévouer…

Julien Perez
1 Commentaire
  1. JLF

    Le drapeau breton a un nom: le « Gwenn-ha-Du » , ce qui signifie très exactement blanc et noir, l’ordre de l’énoncé n’est pas neutre.

    Il tient compte du modèle original: l’hermine en hiver possède une grande livrée blanche , semblable en celà au lièvre des neiges, par exemple. Mais l’extrêmité de sa queue reste noire, en toute saison (hiver comme été), comme un pinceau que l’on aurait trempé dans l’encre. J’ai un jour demandé à un vieux paysan bretonnant si l’hermine en Bretagne prenait son pelage hivernal: après avoir réfléchi, il m’ a répondu que oui. Je tiens cette observation rare pour très intéressante, car elle n’est pas évidente.

    Au-delà du reflet de l’anatomie du modèle animalier de référence, l’énoncé dans ordre des couleurs véhicule bien sûr un choix important. Le blanc prévaut sur le noir. La lumière sur l’obscurité. L’exact contraire des Talibans accrochés à un obscurantisme sidérant et hors- d’âge.

    Enfin, n’oublions pas un autre drapeau blanc et noir, très proche géographiquement de notre péninsule bretonne, celui du Cornwall ou Cornouaille britannique. La croix blanche sur fond noir se veut l’exact inverse de l’ancien drapeau de la marine bretonne que l’on voit ici ou là de nos jours et qui présente une croix noire sur fond blanc.

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