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« Un drapeau, deux couleurs » : deux Bretagne sur France 3

La Bretagne est-elle vraiment une région uniforme ? Dans leur documentaire « Un drapeau, deux couleurs » diffusé samedi sur France 3 à 15h20, les réalisateurs Jean-Etienne Frère et Didier Broussard posent franchement la question. Géographes, historiens et acteurs économiques (seuls ceux de Basse-Bretagne ont accepté de répondre), tous font le constat d’un Gwenn Ha Du aux couleurs contrastées. Entretien.

Votre documentaire évoque une fracture Est/Ouest ? D’où vient-elle selon vous ?

Jean-Etienne Frère : La fracture entre l’est et l’ouest de la Bretagne est d’abord linguistique et culturelle. Plus l’usage de la langue gallo a avancé face au breton, plus la frontière entre Basse-Bretagne et Haute-Bretagne a reculé pour s’établir sur une ligne qui va de Plouha à Sarzeau. Aujourd’hui, la fracture est devenue économique et démographique avec l’est breton, et Rennes, qui avancent vite, sans regarder l’ouest de la région.
Mais la fracture, elle est également dans le tempérament. Lorsque tu arrives dans un village en Basse-Bretagne, les gens vont te parler même si tu ne les as jamais vus. Il y a une transversalité des rapports sociaux. L’ouvrier et le patron peuvent cohabiter dans un même endroit. Les gens sont cash et on se tutoie. En Haute Bretagne, on est plus urbain.

Vous avez cherché à recueillir des témoignages de chefs d’entreprise. Etrangement, il n’y en a aucun de Haute Bretagne…

J-E.F : Nous avons invité deux chefs d’entreprise de Haute Bretagne, qui nous semblaient emblématiques pour parler de la région. Malgré de nombreuses sollicitations, aucun des deux ne nous a répondus. Je pense que lorsqu’on est en Haute Bretagne, on voit le business d’une façon plus globale vers l’est…

Didier Broussard : En Basse Bretagne, l’appartenance au territoire est beaucoup plus forte quand on est un chef d’entreprise. On défend d’abord son territoire et ensuite son économie. Ceux que nous avons sollicités en Basse Bretagne (Jean Guy Le Floc’h / Armor Lux et Jean-François Jacob / SICA) nous ont répondu tout de suite…

Justement, Jean-François Jacob dit dans votre film : « En Basse Bretagne, on est condamné à prendre son destin en main ».

J-E.F : Lorsque tu ne peux pas compter sur le pouvoir, alors tu te démerdes ! C’est ce qu’ont fait les Léonards notamment : ils ont pris leur destin en main. C’est comme cela qu’ils ont créé Brittany Ferries, Brit Air ou encore Combiwest.

D.B : Jean-François Jacob a une excellente formule à propos des méthodes des agriculteurs léonards : « Séduire, convaincre, contraindre ».

J-E.F : Il l’applique comme le faisait Alexis Gourvennec. C’est borderline parfois, mais ils sont obligés de l’être.

Gourvennec, Arzel, Troadec, Le Berre… Toutes ces figures de Basse Bretagne ont-elles un caractère commun ?

D.B : Ils crochent dedans comme on dit chez nous !

J-E.F : Et ils ont du tempérament. D’ailleurs quand on parle du tempérament breton, on parle du tempérament bas breton… Regardez L’Amoco Cadiz, dont la pollution concernait également la Haute-Bretagne : on a choisi Alphonse Arzel, le Bas-Breton, pour monter au front parce qu’on savait qu’il allait être pugnace ! Aujourd’hui d’ailleurs, certains grands patrons de Haute Bretagne, qui n’ oeuvrent pas forcément pour la région, aiment être qualifiés de patron breton. C’est devenu un atout. Grâce aux Bas-Bretons.

Votre documentaire évoque l’Institut de Locarn. Ne pourrait-il pas jouer un rôle comme le Celib autrefois ?

J-E.F : Le Celib a permis de passer d’une culture des évêchés à une culture de région. Il a créé un nouveau paysage en Bretagne. L’institut de Locarn, lui, n’a pas la dimension politique et syndicale du Celib qui regroupait alors tout le monde. Aujourd’hui, il y a sans doute trop de clivages au niveau politique pour qu’il y ait une vision commune sur la Bretagne.

On parle d’intérêt commun. Les Bonnets Rouges ne défendait pas un intérêt commun ?

J-E.F : Si. Mais on n’a pas mieux compris à Rennes qu’à Paris leur mouvement.

L’amélioration de la logistique en Bretagne pourrait-elle rééquilibrer les choses ?

J-E.F : Surement, mais la logistique reste un problème aujourd’hui : en 2017, il faudra 1h25 pour faire Paris-Rennes et 2h15 pour faire Rennes-Brest. Ce n’est pas normal. Prenons l’aéroport de Brest : c’est celui qui a le plus de trafic en Bretagne, et c’est le plus cher. La Basse Bretagne est éloignée, il est normal que cela coûte plus cher, mais il y a des disproportions incroyables. Rennes est un aspirateur à subventions et le reste en pâtit.

Faut-il rester optimiste pour la Basse Bretagne ?

J-E.F : Bien sûr ! Il y a plein de raison d’y croire. D’abord, au niveau de l’image. Tous les marqueurs utilisés pour les campagnes de promotion de la région viennent de Basse Bretagne. Ports, côtes, plages, tout est à l’ouest. Ensuite il y a le potentiel agricole : la Bretagne est la deuxième région agricole d’Europe derrière les Pays Bas. Et une large partie de cette activité est en Basse Bretagne. Enfin, je suis persuadé que l’Ouest breton a un bel avenir, à condition de regarder vers le large et la mer.

Julien Perez
2 Commentaires
  1. Marc

    Je retiens notamment :
    « En (basse) Bretagne on est condamné à prendre son destin en mains »
     » Lorsque tu ne peux pas compter sur le pouvoir ( je rajoute étatique ou régional ) alors tu te démerdes  »

    Rassemblons et faisons valoir nos forces basse-bretonnes qui sont en réalité les forces de la Bretagne comme cela est dit fort justement.

  2. Faire l’impasse sur Nantes quand on parle d’économie et d’histoire c’est la honte ou alors un parti pris tendancieux et idiot. Tant pour la langue que la culture, ou même le foot…. Le pays nantais fait partie du Gwenn ha du…. C’est dommage le reportage est plutôt bien fait

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