Doux. Plombé aussi par l’euro fort

Une fois encore, Doux bat de l’aîle. On s’oriente vers une liquidation de l’entreprise finistérienne, ce qui ne constitue sans doute pas la plus mauvaise option. Elle aurait pour mérite d’apurer certains passifs et surtout d’éviter une amende astronomique qui pend au dessus de l’enseigne comme une épée de Damoclès. Plusieurs dizaines de millions d’euros pour des poulets trop alourdis à l’eau, au regard de la législation européenne. Un contentieux ancien, remonté à la surface au plus mauvais moment.

Et après ? La société va-t-elle être en partie démantelée et passer sous le contrôle de la société ukrainienne MHP qui a fait une offre ? Un autre candidat peut-il encore sortir du chapeau sous l’impulsion des pouvoirs publics, avec l’État et la Région Bretagne comme levier ? La réponse ne va pas tarder, avec l’ombre d’un nouveau choc sur une pointe bretonne déjà sévèrement secouée ces dernières années.

Mais au moment où une nouvelle fois, on dissèque toutes les causes qui, au fil des ans, ont rogné la compétitivité de l’entreprise, n’a-t-on pas tendance à oublier la très forte incidence des fluctuations monétaires qui ont dopé la concurrence, notamment les Brésiliens et les Ukrainiens qui se retrouvent aujourd’hui en toile de fond du dossier de l’entreprise bretonne.

Le Brésil ? Il a connu des fortes secousses économiques et sociales, sur fond de scandales politiques, qui ont tiré la monnaie brésilienne vers le bas. En janvier 2010, un euro vaut 2,20 réals. En août 2013, on est 3,12. Et en septembre 2015, à 4,40 réals. Autrement dit, en cinq ans, période pendant laquelle Doux traverse déjà de grosses turbulences, la monnaie brésilienne a perdu la moitié de sa valeur. Et le poulet brésilien vaut donc mécaniquement deux fois moins cher sur les marchés à l’export.

Avec l’Ukraine, c’est encore plus spectaculaire. En 2010, pour un euro, on a environ 10 hryvnia, la monnaie de Kiev. En 2015, au moment de la crise avec la Russie, on est passé de un pour 10 à un pour 38 ! Autrement dit, sur le marché mondial, le prix du poulet ukrainien a été divisé par presque quatre sous le seul effet des fluctuations monétaires.

En face, il y a l’euro fort, porté notamment par le dynamisme de l’Allemagne et ses millions de retraités qui veulent conserver tout leur pouvoir d’achat quand ils voyagent hors communauté européenne. Une monnaie forte, c’’est déjà un gros handicap quand on vise les marchés de l’exportation. Ca devient quasi-insurmontable quand les principaux concurrents bénéficient du levier de monnaies très notoirement sous évaluées, le tout survenant au moment même où l’Europe arrêtait son système de restitutions pour soutenir les exportations.

Il ne faut donc pas s’étonner si l’offre de reprise par la société ukrainienne MHP prévoit le transfert intégral en Ukraine de toutes les activités export de Doux. Sur le marché mondial, il vaut mieux vendre en hryvnia qu’en euro. Et si au passage, elle peut empocher quelques dizaines de millions d’euros de subventions…

René Perez
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