Doux. Une nouvelle histoire entre export et marché intérieur

Il y a un an tout juste, le tribunal de Rennes prononçait la liquidation judiciaire du groupe Doux, le géant de la volaille, basé à Châteaulin (Finistère). Ce n’était pas la première fois que ce leader européen, se trouvait ainsi dans la tourmente mais la fin semblait proche, à l’annonce d’une proposition ukrainienne aussi engageante qu’une exécution à la découpe. Du chapeau sortirent heureusement deux autres propositions qui ont tracé de nouvelles perspectives et sauvé une partie des salariés.

La première s’appelle France Poultry. Ce poultry-là à une petite connotation bretonne mais c’est ainsi que l’on dit « volaille » en anglais. Filiale du groupe saoudien Almunagem, engagé depuis 2013 au côte du volaille breton, France Poultry compte aujourd’hui 460 salariés, un effectif en hausse par rapport à celui de la reprise. La raison ? Une réorganisation interne et un marché plus porteur ont dopé les prévisions, portant le chiffre d’affaires à 140 millions d’euros, avec un résultat net de plus de 2 millions. Ce qui n’était plus très fréquent dans le groupe Doux qui accumulait les dettes. C’est essentiellement vers le Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Koweit…) qu’est exportée la production tournant à une moyenne de 350.000 poulets par jour.

L’autre volet de la reprise, c’est le projet du groupe volailler français LDC de construire un second abattoir, à proximité du premier, destiné au marché français du poulet. A 57 %, ce marché est détenu par des produits d’importation, ce qui constitue tout de même un curieux paradoxe dans un pays de tradition agricole. LDC entend s’appuyer sur ce nouvel équipement pour entamer une reconquête du marché intérieur avec des poulets répondant à certains critères de qualité, désormais de plus en plus exigés par les consommateurs de l’Hexagone. Cet abattoir de 30.000 M2 devrait être opérationnel en 2021 avec un effectif pouvant monter jusqu’à 400 personnes quand l’unité aura pris son rythme de croisière.

50 millions d’euros seront consacrés à cet investissement qui devrait bénéficier de la participation de la région Bretagne. Elle s’est résolument engagée dans le sauvetage de Doux, y compris en participant au capital, tant elle mesure la portée économique mais aussi hautement symbolique de cette production finistérienne alors que ces dernières années, le glissement de l’agroalimentaire vers l’est de la Bretagne est devenu manifeste.

Mais ce soutien de la Région ne suffira pas. Encore faut-il que les 160 producteurs de poulets réunis au sein du groupement Yer Breizh réussissent leur reconversion pour aller du poulet standard au poulet certifié, transition nécessitant des investissements. Cette fois, c’est du côté des banques qu’il faut surmonter des obstacles. Il est vrai que dans le passé, elles ont laissé quelques plumes…

René Perez
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