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Le deuxième trésor de Brest

Décidément, on en fait des découvertes du côté de Brest, ces temps-ci. Après les lingots d’or de la guerre remontant à la surface, cette fois c’est un véritable trésor archéologique qui vient d’être officiellement révélé, après des années de fouilles au fond de la rade de Brest. Et dans un cas comme dans l’autre, il aura fallu des circonstances tout à fait exceptionnelles pour la mise au jour. Un quadruple meurtre dans la sinistre affaire Troadec, un ouragan dans l’autre. En l’occurrence, celui du 16 octobre 1987 qui a balayé la Bretagne nuitamment, avec des vents dépassant les 200 kms/heure. A Plougastel-Daoulas, aux portes de Brest, un pin est arraché cette nuit-là au sommet du Rocher de l’Impératrice, dominant la rade. Le lendemain personne ne sait qu’il va être à la base de multiples découvertes archéologiques pendant les années qui suivront.

Un abri de chasse pendant des siècles

En ce matin d’après-ouragan, c’est un membre des Amis du Patrimoine qui est intrigué par des ossements et des tessons accrochés aux racines de ce pin, sorties de terre. Ils se révèleront sans grand intérêt mais la visite du directeur départemental du centre d’archéologie du Finistère, Michel Le Goff, sera déterminante. Car ce spécialiste va en profiter pour faire le tour complet de ce curieux Rocher de l’Impératrice et y découvrir, à l’entrée d’un abri, des déblais déposés par un renard ou un blaireau creusant son terrier. Et là, stupeur ! Il y trouve des fragments de silex. Ce sera le tout début de recherches très confidentielles sur le site. Elles vont mettre au jour des centaines et des centaines de restes de silex provenant d’outils de travail, avec une densité tout à fait exceptionnelle. Elle laisse supposer que cette petite grotte à flanc de rocher, profonde d’une dizaine de mètres et surélevée par rapport au sol devait servir d’abri de chasse. Il y a quinze mille ans, à l’époque ou Ouessant n’était pas encore une île à cause de la glaciation, des générations de chasseurs sont venus ici préparer leur matériel et y dépecer leurs proies en rentrant de chasse. De là, ils avaient une vue grandiose sur la vallée verte qui s’étendait devant eux et qui n’était pas encore devenue la rade de Brest.

Face d’auroch

Ces années de fouilles discrètes aboutissent à une première grande surprise, en 2013, où les archéologues decouvrent un morceau de schiste de 25 centimètres gravé des deux côtés. Sur les deux faces, une tête d’auroch, témoignant d’un grand savoir-faire et d’une maîtrise du geste assez stupéfiante pour cette période très lointaine. La suite déterminera que ces gravures ont 15.000 ans et sont les plus anciennes traces d’art en Bretagne. Elle seront l’amorce de fouilles plus poussées qui feront remonter d’autres gravures remarquables représentant notamment des chevaux et des quantités d’autres silex. Malgré la discrétion, ce site a hélas été victime de pillages. Il est aujourd’hui ceinturé et surveillé car selon les archéologues, il devrait révéler bien d’autres trouvailles dans les années à venir.

L’ensemble de ces découvertes archéologiques a fait l’objet d’une communication scientifique dans une revue américaine ainsi que d’un dossier très complet dans le magazine Armen, relayé par Le Télégramme. Des illustrations et une vue d’artiste y donnent des indications sur la position de cet abri de chasse multimillénaire et du paysage terrestre qui entourait, à l’époque, ce rocher de fond de vallée.

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