Deschamps a fait deux fois chavirer la Bretagne

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés se sont demandé où ils étaient passés, tous ces pingouins ! Dimanche, sur le coups de 17 h, les plages bretonnes ont soudain été rendues aux goélands, dans un mouvement de marée descendante qu’on n’avait pas vu depuis vingt ans tout juste. Et environ deux heures plus tard, le petit peuple des bords de mer a sans doute entendu les clameurs et les coups de klaxon qui venaient de chez les pingoins où il avait du se passer quelque chose d’important.

Une guerre ? Non, pire que ça ! La France est championne du monde de foot et la terre a forcément tremblé sous le choc. Comme il y a vingt ans, comme quand Deschamps avait été premier à soulever la coupe et déclenché le plus invraisemblable charivari qu’on ait vu dans le pays depuis la Libération. Et bien plus longtemps que cela à Brest ou Lorient, où il n’y avait pas eu de défilé de la Libération dans les des villes détruites et désertées.

Vingt ans plus tard, le marchand de bonheur est repassé. Cette fois, Deschamps était sur le banc d’entraîneur, en tandem indéboulonnable avec son adjoint Guy Stéphan, le gars de Ploumiliau (Côtes-d’Armor), ex-footballeur de Guingamp. Entre autres. Comme il l’avait fait en 1998, Didier Deschamps a, à nouveau soulevé la coupe et ses deux étoiles, désormais gravées dans le palmarès des Bleus qui auront disputé trois finales des six dernières éditions. N’en loupant une qu’à cause d’un léger coup de boule zidanesque s’égarant sur la trombine d’un malotru.

En rejoignant Mario Zagallo et Franz Beckenbauer dans le trio des footballeurs qui ont gagné deux fois le Mondial, sur le terrain d’abord puis sur le banc, le Concarnois d’adoption a refait chavirer le pays et singulièrement la Bretagne, terre de football où des grandes villes aux plus petits villages, la liesse a pris ses aises dans des rues surchauffées qui n’attendaient que cela.

Didier Deschamps sera donc forcément statufié. A Concarneau peut-être, la municipalité imitera Carhaix et sa statue d’Hinault. Mais il est probable qu’ailleurs en France, l’idée va très vite faire son chemin. Car seuls le Brésil, l’Allemagne et le France peuvent se flatter de compter, dans leurs rangs, ces héros du football venues deux fois, à des décennies d’intervalles, ouvrir la corne d’abondance sur leur pays en état de grâce. Et ce n’est peut-être pas fini. Avec une équipe aussi jeune et un sélectionneur-joueur, jeune lui aussi et doublement expérimenté, les Bleus ont un formidable parcours qui s’ouvre devant eux, dans le sillage de cette magnifique épopée de Russie ponctuée sous l’Arc de Triomphe et sous les clameurs de millions de grognards.

René Perez
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