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Déconstruction navale : le nouveau filon brestois ?

Plus qu’un filon, on peut même parler d’une nouvelle filière potentielle sur le territoire brestois : c’était le sujet présenté dans l’amphi de la Brest Business School mardi 12 décembre au soir. Intitulée « La déconstruction des navires, un marché en devenir ? », cette conférence proposait un retour d’expérience de la nouvelle société des Recycleurs Bretons, Navaléo, qui a démantelé Captain Tsarev.

La déconstruction navale pourrait-elle devenir une filière économique à part entière à Brest ? Pour Pierre Rolland et Tanguy Cariou, respectivement président des Recycleurs Bretons et directeur de la filiale Navaléo, ainsi que les chercheurs présents à la table-ronde (AMURE, Université de Bretagne Occidentale, Université européenne de la paix), la question mérite d’être posée. Avec, à l’appui, l’exemple du démantèlement du Captain Tsarev.

Un territoire équipé, des compétences locales

De par son passé éminemment naval et notamment marqué par l’industrie de la Défense, Brest est équipée de quais, de formes de radoub, de matériel et de compétences locales propices à la déconstruction. Le Captain Tsarev a été démonté sur le 5e quai Est, 1re forme de radoub. D’une longueur de 150 mètres et d’un tirant d’eau de 12 m, l’endroit est assez vaste et équipé pour démanteler les navires. « À moyen terme, si le développement de l’activité de déconstruction navale tient bon, il faudra faire des aménagements complémentaires pour adapter parfaitement les lieux », a concédé Pierre Rolland.

Objectif 50 emplois d’ici 5 ans

Navaléo vise la déconstruction de bateaux de petite taille, de 30 à 150 tonnes, type chalutiers, bateaux à passagers, ou encore, ces fameux bateaux ventouses du port de Brest, dont l’Antigone Z. « Pour 2018, l’objectif est de traiter 6000 à 8000 tonnes de ferraille, soit, 5 à 6 bateaux, pour atteindre 10 000 à 15 000 tonnes par an à moyen terme ». Si cette estimation s’avère juste, elle pourrait engendrer la création de 50 emplois non délocalisables, selon Pierre Rolland. Et maintenir les compétences locales, à l’image des dockers, lamaneurs, grutiers, qui seraient amenés à intervenir dans ces chantiers d’un autre genre pour Brest.

Déconstruction navale : un sujet complexe au niveau mondial

Mais au fait, comment se passe la déconstruction navale dans le monde ? Sur le premier trimestre 2017, 250 bateaux ont été détruits, dont 90 % en Turquie, Chine, Inde, Pakistan et Bengladesh. Si sur les trente dernières années, un vrai effort a été fait pour encadrer l’activité de déconstruction, les pratiques mondiales sont loin d’être exemplaires. « Une des pratiques les plus courantes des cinq pays cités consiste à démanteler les navires directement sur une plage, sans plus de précautions pour la sécurité des hommes et pour l’environnement », précise Tanguy Cariou, directeur de Navaléo.

Cependant, depuis 2013, le règlement européen stipule que tout navire-déchet européen ou en escale en Europe doit être déconstruit en Europe. Il doit alors passer dans l’un des 18 chantiers habilités à la déconstruction navale et dont fait partie depuis peu Navaléo, dans une liste officielle de l’Union Européenne. Cette certification a été accordée à Navaléo, la filiale de déconstruction de navires des Recycleurs Bretons.

Fanny Degorce
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