De Nantes la rayonnante à Nantes la détonante

Ce n’est plus un choc, c’est un traumatisme ! Les habitants de Nantes et de sa région sont atterrés par les scènes de violence urbaine qui ont tourné en boucle sur les chaînes de télé. Un mort pendant un contrôle routier controversé et tout s’enflamme, comme si la mèche n’attendait que l’allumette. Un scénario déjà vécu lors des émeutes urbaines de 2005, à cette différence près qu’on n’est pas ici dans une banlieue déshéritée de la région parisienne mais dans une ville cossue et enviée, qui truste tous les podiums des palmarès des villes les plus attractives du pays et des cités où il fait bon vivre.

Le retour à la réalité est brutal. Et l’image de Nantes en prend un coup, comme si la prospérité économique et la qualité de vie avaient masqué une misère sociale rampante.

Mais dans ces journées d’embrasement, faut-il voir seulement la manifestation d’un mal-être dans des banlieues trop à l’écart de la prospérité nantaise ? C’est probablement un élément d’explication mais sans doute pas le seul. Car faut-il rappeler que Nantes est la ville de province qui a déjà connu les manifestations les plus violentes du pays, ces dernières années. Le projet de Notre-Dame-des Landes et les opposants qu’il a drainé dans son sillage ont généré un degré de violence urbaine extrême et répétée, dont on ne peut pas attribuer la responsabilité aux seuls écologistes sincères.

Les black-blocks et les groupes les plus radicaux ont trouvé là un champ clos dans lequel ils ont non seulement créé un terrain d’affrontement mais aussi, de toute évidence, suscité des vocations dans la sphère locale auprès de têtes brûlées avides de baston et de destruction, sous la coupe de meneurs très déterminés. L’exemple suscité par les manifs à répétition contre Notre-Dame-des-Landes n’est sans doute pas totalement étranger à cette nouvelle version des violences urbaines, comme si les exactions les plus extrêmes étaient devenues une spécialité locale.

Les Français ont à cette occasion découvert le visage de Johanna Rolland, élue maire de Nantes à 35 ans à peine et issue de la génération parité. C’est la loi du même nom, avec les listes paritaires, qui lui a valu d’être n° 2 au temps où Jean-Marc Ayrault était maire puis de lui succéder à la mairie, comme Nathalie Appéré à Rennes, élue maire à 39 ans après un itinéraire quasi-équivalent. Toutes deux ont eu à affronter le choc de violences urbaines mais la Nantaise a connu le degré extrême et a même déploré l’incendie de sa voiture. Pas qui ? Mystère. Faut-il y voir un dégât collatéral des violences actuelles ou une conséquence directe des fortes inimitiés que lui avaient valu sa prise de position en faveur de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et son emportement après la renonciation ? Dans de telles situations, tous les coups sont permis.

René Perez
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