Cybersécurité. Pôle breton ou pôle rennais ?

Le chiffre est impressionnant ! En Bretagne, la cybersécurité représente actuellement environ 8.000 emplois. C’est une addition un peu approximative car il n’est pas toujours simple de quantifier les postes spécialement dédiés à cette activité dans des grands groupes implantés en Bretagne comme Orange, Nokia, Naval Group ou Thalès. Mais l’ordre de grandeur indique bien l’impressionnante montée en puissance des activités de cyberdéfense en Bretagne, autrement dit la sécurisation de tous les moyens informatiques, aujourd’hui cibles privilégiées d’une criminalité en plein développement.

Le Forum international de la cybersécurité qui vient de se tenir à Lille a mis en évidence la richesse du pôle breton qui fait de la Bretagne une région phare de ce secteur d’activité en France et même à l’échelle internationale. Mais faut-il encore parler de pole breton et ne serait-il pas plus approprié de parler de pôle rennais, appellation plus conforme à la réalité ? Pour preuve, sur les 26 entreprises bretonnes présentes à ce forum, 21 sont implantées en Ille-et-Vilaine, 4 dans le Morbihan et une dans le Finistère. On relève également qu’une seule collectivité était présente : Rennes-Métropole.

Il est vrai que la capitale bretonne a de l’ancienneté dans ce domaine. Le site de la délégation générale de l’Armement implanté à Bruz, prés de Rennes, depuis déjà une cinquantaine d’années, est spécialisé dans la maîtrise de l’information pour la Défense. Actuellement, il regroupe à lui seul 1.400 employés dont 900 ingénieurs et techniciens. Et il n’est pas étranger à la création, en 2016, du pole d’excellence cyber de Rennes, à l’initiative du ministère de la Défense et de la Région Bretagne. Heureux hasard, c’est Jean-Yves Le Drian qui avait la main sur ces deux entités.

Et comme il a la main longue, son action a été décisive dans la création de ce pôle d’excellence qui a attiré des entreprises, fait naître de nouveaux fleurons et conforté la place de Rennes sur le podium des villes françaises créant le plus d’emplois numériques. Et de haut niveau dans la cyberdéfense où la pénurie d’ingénieurs se profile. La capitale bretonne bénéficie ainsi de l’effet de masse entre secteur public lié à l’Armement, grands groupes du privé (Orange notamment, gros pourvoyeur d’emplois locaux) et concentration d’entreprises.

L’inconvénient, c’est que cette forte attractivité a tendance à démunir le reste de la région Bretagne dans un domaine où la géographie ne joue pourtant pas un rôle primordial. On peut faire le même travail à Brest, Lorient ou Saint-Brieuc que dans la capitale bretonne. Mais la géographie particulière de la Bretagne et la position de Rennes en poste avancé amènent à un constat brutal : les technologies nouvelles ne font que creuser encore plus le fossé entre l’est et l’ouest de la Bretagne. Surtout quand la puissance publique vient additionner son soutien aux avantages que la géographie apporte déjà. Les activités se concentrent sur Rennes et leurs dirigeants, en vérité, n’ont vraiment aucune raison d’aller plus loin !

René Perez
3 Commentaires
  1. Pôle d'excellence cyber

    C’est un point de vue intéressant… mais il est tout aussi intéressant de noter, d’une part, que le Pôle d’excellence cyber (il s’appelle juste comme cela, et pas autrement) a bien une vocation et une portée nationales et n’a, spécifiquement en tant que tel, rien de breton si ce n’est effectivement une de ses deux institutions cofondatrices et son siège, pour de bonnes raisons dues notamment à la présence de la plaque cyber du ministère des Armées (pour le reste, les grands groupes qui en sont membres ne connaissent pas de frontières régionales, nationales, européennes ou internationales, à l’instar du ministère) et, d’autre part, que la cyber en Bretagne, certes significativement plus forte sur Rennes, n’en est pas moins dynamique et reconnue sur l’ensemble de la région, en témoigne par exemple la carte publiée par BDI : http://www.bdi.fr/fr/publications/plaquette-bienvenue-cyber-valley/ (et les actions entreprises par les partenaires régionaux veillent bien à cela)

    • Petit Lu

      Et le logo du Pole d’Excellence Cyber n’a rien a voir avec la marque Bretagne (http://www.marque-bretagne.fr/) ? Quel intérêt d’avoir une ambition nationale ? A part en Bretagne, le PEC n’est pas connu et n’a pas d’action concrète.

      • Pôle d'excellence cyber

        Le logo du Pôle reprend, en effet, l’un des codes (le E) de la Région Bretagne qui est l’un de ses cofondateurs. Pour le reste, votre jugement ne résiste pas à une analyse objective des faits, à l’exemple simple des multiples travaux conduits sous l’égide du Pôle en coopération européenne (ex : Estonie…) et internationale (ex : Australie, Japon… ce dernier pays étant même en train de créer un Pôle « frère », c’est dire l’intérêt de la démarche…). Contactez-nous et nous en discuterons de vive voix, faits et chiffres à l’appui ! :)

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