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Crise agricole. Kosciusko-Morizet sort la sulfateuse

Avec ses cheveux bouclés et son teint de porcelaine, ses pantalons en cuir et ses talons-aiguille, Nathalie Kosciusko-Morizet incarne la femme très chic et très genre, plus profilée pour les légendes urbaines que pour les contes campagnards. Et pourtant. Quand elle parle de crise agricole, visiblement, elle en connaît un rayon, comme en témoigne des extraits, ci-dessous, de l’interview qu’elle a donnée à Ouest-France. Au cas où vous n’auriez pas deviné la raison de sa maîtrise des questions agricoles , on vous donne la réponse à la fin…

« On ne ferait jamais ça à Airbus ? »

Quand elle parle de la crise, l’ex-ministre de l’Ecologie va droit au but : « C’est d’abord, dit-elle, une crise des prix. Il faut donc soutenir l’agriculture par les prix, et pas seulement par les primes. Cela commence par une meilleure information du consommateur. Concrètement, ce que je voudrais, c’est un étiquetage du pays d’origine pour toutes les étapes : naissance, élevage, abattage, transformation. Il y a des circuits de plus en plus compliqués. Rien qu’en informant sur l’origine, on gagnerait en valeur pour nos agriculteurs. Il y a le sujet des charges, je n’y reviens pas, tout le monde le met en avant avec raison ».

Mais elle aborde un angle moins commun quand elle évoque les marchés d’exportation. « On fait la promotion des grandes entreprises et des grands contrats. Mais on a une autre très grosse entreprise de la taille d’Airbus, c’est notre agriculture et notre agroalimentaire. Et cela personne n’en parle dans ces cas-là. Prenez l’embargo russe. Nos agriculteurs paient la contrepartie d’un choix politique. C’est scandaleux. On ne ferait jamais ça à Airbus ! Regardez la façon dont on met en avant nos contrats de vente de Rafale. Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire la promotion de notre industrie, au contraire. Je dis que l’agroalimentaire aussi, c’est industriel et, derrière, il y a les territoires, des emplois ».

Quotas laitiers : « suppression mal gérée »

Bien qu’elle ait fait partie du gouvernement à l’époque, l’ex-ministre juge que « la suppression des quotas laitiers a été très mal gérée. À partir du moment où on ne mettait pas en place une politique très dynamique de sortie des quotas, on prenait le risque d’un effondrement des prix ».

Elle estime aussi que ce ne sont pas les normes, si souvent décriées qu’il faut mettre en cause. Selon la ministre, la France ne fait pas une surapplication de ce que décide Bruxelles, comme on l’entend souvent, mais plutôt le contraire. « C’est souvent, appuie-t-elle, la mise en œuvre tatillonne de la norme qui est horripilante, plus encore que la norme elle-même. Et là il y a des choses simples à faire, plus simple en tous cas que de changer des normes européennes. Pour reconstruire une relation de confiance entre l’administration et la petite entreprise, je propose que le premier contrôle – social, fiscal, environnemental, sanitaire… – ne soit pas sanctionnant. Du coup le chef d’entreprise ne verrait plus arriver le fonctionnaire en charge du contrôle comme celui qui va lui donner le coup de grâce, dans une situation déjà difficile. Et cela changerait aussi le point de vue de l’administration, en la plaçant dans une position de contrôle-conseil ».

« FNSEA dirigée par les grands céréaliers »

Cette crise qui met en cause les fondements mêmes de l’agriculture intensive, l’amène à se demander s’il ne faudrait pas « revisiter la politique de structure. Aujourd’hui, on ne choisit pas : on veut tout, la qualité, la compétitivité, l’exploitation familiale. Du coup on prend le risque d’être mauvais sur tout. Il faut accepter d’avoir deux profils : des exploitations de taille modeste, de type familial, avec une montée en qualité et des circuits courts. Et des grandes exploitations, intégrées dans le circuit agroalimentaire, qui ne sont pas forcément antinomiques de l’environnement. Je préfère cela à une politique hypocrite, avec une FNSEA dirigée par des grands céréaliers qui poussent en avant les petits éleveurs qui sont dans la plus grande détresse et dont ils ne partagent pas les enjeux ! ».

« Il faut combattre les hypocrisies », conclut Nathalie Kosciusko-Morizet dont le parcours universitaire et professionnel est aussi passé par une formation d’ingénieur agronome, ce qui explique sa maîtrise des questions agricoles. En cas de retour de la droite aux affaires, elle aurait le profil d’une ministre de l’Agriculture. A condition de vouloir changer d’horizon et de style pour occuper l’un des postes gouvernementaux parmi les plus difficiles et les plus exposés.

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