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Il y a trente ans, les Côtes-du-Nord devenaient Côtes-d’Armor

8 mars 1990. Cette date est désormais inscrite dans l’histoire du département des Côtes-d’Armor. Et pour cause. C’est ce jour-là, il y a trente ans tout juste, que les Côtes-du-Nord ont perdu le nord pour devenir les Côtes-d’Armor, un changement d’appellation que les responsables économiques et touristiques du département réclamaient depuis les années 50. Mais sans succès jusque là.

Il est vrai que cette étonnante appellation était source de nombreuses confusions avec le nord de la France, handicapait le tourisme départemental (a-t-on vraiment envie d’aller se baigner dans des côtes du nord ?) et générait même des sacs de nœuds médiatiques dont le plus célèbre est un titre du journal Le Parisien après la victoire du bateau Côtes-du-Nord au Tour de France à la voile 1985. « Victoire des Nordistes », avait titré le journal national. Bonjour les retombées médiatiques.

Embrouille à la Révolution

Mais pourquoi donc ce département avait-il hérité de cette réfrigérante appellation ? La réponse, il faut la chercher au moment de la constitution des départements, en 1790. Les Bretons s’étaient, semble-t-il, mis d’accord pour un triptyque Côtes-de-l’Ouest (Finistère actuel), Côtes-du-Midi, synonyme de sud (Morbihan) et donc Côtes-du-Nord. Mais finalement les députés finistériens et morbihannais choisirent deux appellation plus identifiables à la Bretagne alors que ceux des Côtes-du-Nord, peut-être absents au moment fatal, revinrent à la maison avec leurs Côtes-du-Nord.

C’est avec le développement du tourisme et de la production alimentaire à grande échelle que fut lancée la première croisade pour le changement de nom en Côtes-d’Armor, dans les années 1960. Elle dura des années mais rencontra des oppositions, notamment celle des Finistériens refusant que Armor devienne une référence départementale alors que c’est un nom générique de la Bretagne. Mouais… Derrière, il y avait sans doute aussi un croche pied puisque les Côtes du Nord, en 1976, était devenu le seul département à gauche de tout le grand ouest de la France. Forcément, on n’avait pas envie de lui faire de cadeau. Et cette opposition finistérienne se manifesta souvent.

Josselin à la manœuvre

Puis en 1985 est relancée un grande offensive avec cette fois, un gros atout dans la Manche. Charles Josselin, président PS du conseil général (devenu depuis conseil départemental) vient d’être nommé secrétaire d’État aux Transports alors que la gauche est au pouvoir. Celui qui à l’époque est l’un des hommes forts de la Bretagne avec le Finistérien Louis Le Pensec va jouer un rôle déterminant dans ce dossier. Avec les Finistériens, les choses s’arrangent peu à peu d’autant que les deux départements bataillent côte à côte dans le syndicat de défense créé après le naufrage de l’Amoco-Cadiz en 1978. Les Finistériens ne feront plus obstacle.

Et dans la fonction qu’il occupe, Charles Josselin va réussir à convaincre trois hauts personnages réticents, en raison notamment des demandes d’autres départements de changer de nom. Lors d’un voyage en Tunisie avec François Mitterrand, il convainc le président qui convient que « Côtes-d’Armor est un bien joli nom ». Lors d’une rencontre à Matignon, Rocard, alors Premier ministre, donne son accord d’autant plus rapidement qu’il a bien d’autres chats à fouetter. Et c’est lors d’une promenade avec Pierre Joxe sur les quais de Londres que celui qui est alors ministre de l’Intérieur donne son feu vert. Ca sert d’être ministre. Et même lorsqu’il faudra aussi l’accord du Conseil d’État. Son président est alors Marceau Long qui dirigeait Air-France quand Charles Josselin était secrétaire d’État aux Transports. Le monde est petit et l’avis favorable du conseil d’État tombera en janvier 1989. Charles Josselin avait déjà anticipé la réponse et à peine deux mois plus tard, un grande opération de communication saluait l’arrivée des Côtes-d’Armor.

René Perez
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