CMBARKEA

CMB Arkea. Bras de fer et bonnets de laine

Des bonnets vont refaire leur apparition pour la grande manif « Vent debout » le 24 à Brest, en soutien au Crédit Mutuel-Arkea. En attendant, les manœuvres se poursuivent en coulisses…

Pas de trève des confiseurs ! Le bras de fer à distance s’est poursuivi, pendant les vacances de Noël, entre les deux Bretons à la tête des deux principaux groupes de Crédit Mutuel engagés dans un conflit ouvert. A l’Ouest, Jean-Pierre Denis, qui préside le Crédit mutuel Arkéa. A l’Est, Michel Lucas, finistérien exilé, qui mène la danse au Crédit Mutuel-CIC mais préside également un puissant groupe de presse quotidienne régionale. Ce n’est pas tout à fait neutre à l’heure où chacun d’eux essaie de convaincre, y compris certains membres du gouvernement, du bien fondé de ses positions.

« Dysfonctionnement grave »

Rappelons que c’est Jean-Pierre Denis qui a, le premier, lancé les hostilités. Excédé de subir la domination de Michel Lucas au sein de la Confédération de Crédit Mutuel que ce dernier préside, le dirigeant d’Arkéa a d’abord actionné ses réseaux et camarades de l’Inspection générale des Finances. En vain. Il a alors fait très fort en portant carrément plainte auprès de la Banque centrale européenne comme auprès de la Banque de France et des services de Bercy.

Objet de sa plainte : dysfonctionnement grave et constant des instances nationales du Crédit Mutuel et concurrence déloyale. Motif : ces instances, aux mains de Michel Lucas, ont tout pouvoir pour contrôler à leur guise tous les groupes régionaux de Crédit Mutuel et leurs filiales. Ce dont elles s’acquittent avec zèle, n’ignorant donc rien de ce qui se passe chez Arkéa (Bretagne, Sud-Ouest, Massif Central) et dans ses filiales dont plusieurs sont en concurrence directe avec celles des frères ennemis du CM-CIC. Objectif de Jean-Pierre Denis : être reconnu comme un groupe autonome et à part entière du Crédit Mutuel.

Le « «non » de Mario Draghi

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces plaintes n’ont pas eu, à Francfort comme à Paris, l’effet escompté en Bretagne. Au contraire, Mario Draghi et les autorités bancaires françaises estiment, comme Michel Lucas, qu’il ne peut y avoir deux Crédit Mutuel. En lien avec toutes les administrations concernées, la Confédération nationale du Crédit mutuel a donc travaillé à de nouveaux statuts, supposés, par le renforcement de son unité, la préserver à jamais de la cacophonie et des conflits internes. C’est précisément ce que Jean-Pierre Denis, accroché à son exigence d’autonomie, voulait absolument éviter. Pris à revers, il n’a rien pu faire, malgré une demande désespérée (et rejetée) de référé, pour empêcher l’adoption de ces statuts, à une écrasante majorité, par l’assemblée générale mutualiste. Celle-ci va d’ailleurs les entériner définitivement le 20 janvier, malgré les appels en cours. Et le ministre des Finances, autorité de tutelle, ne pourra qu’en prendre acte.

Un pacte régional

Cet aboutissement, Jean-Pierre Denis l’a anticipé depuis longtemps. S’il a lancé un plan de lobbying et de communication d’une exceptionnelle ampleur, à destination des salariés comme du grand public c’est bien parce qu’il entend préparer l’opinion à l’annonce d’une rupture. En jouant la carte régionale contre la tentation jacobine et en prenant à témoin les politiques juste avant les élections régionales, il savait bien qu’il ne risquait pas d’être contredit, de la gauche à la droite, extrêmes compris. Un véritable pacte régional ! Et en suscitant la création de collectifs de salariés et d’administrateurs dotés de gros moyens, il ne doute pas non plus qu’il sera soutenu quoi qu’il arrive ou quoi qu’il décide demain. Quand il agite le spectre d’un transfert massif et brutal des sièges du groupe et des filiales à Paris ou à Strasbourg, il est sûr de marquer les esprits, même si une telle crainte n’est probablement pas tout à fait fondée.

Des bonnets pour le 24

N’empêche. Comme tous les élus locaux et autres, les syndicats eux-mêmes ne peuvent se permettre publiquement le moindre bémol. Tout au plus espèrent-ils être mieux écoutés durant la négociation annuelle sur les salaires. Et tout le monde se retrouvera donc à Brest, le 24 janvier, « Vent debout » selon le slogan retenu, avec les salariés et leur collectif pour exprimer un soutien massif à une entreprise bien ancrée dans ses territoires, en Bretagne tout au moins. Car l’important est bien de conserver en Finistère les centres de décision et les emplois de la banque, qu’elle s’appelle Crédit Mutuel de Bretagne ou bien Arkéa Banque et qu’elle soit mutualiste ou simplement territoriale.

D’ores et déjà, des milliers de bonnets, aux couleurs d’Arkéa, ont été confectionnés chez Armor-Lux à l’intention des défenseurs de la cause. Référence évidente aux bonnets de l’automne 2013.

Plus Breton que lui…

Pendant ce temps, Michel Lucas a, lui aussi, rencontré les responsables politiques et économiques de Bretagne, Auvergne et Aquitaine, les trois composantes du groupe Arkéa. Très discrètement, il s’est efforcé de les rassurer sur le maintien des interventions et des financements du Crédit Mutuel dans leur région. Il leur a aussi donné des assurances sur la préservation des emplois qui, à l’en croire, seraient plus en danger demain si d’aventure Arkéa s’avisait de faire sécession.

A l’ouest, il a également fait valoir à sa manière se fibre bretonne puisqu’il est né dans le Morbihan et y possède une résidence secondaire. Et puis, n’est-il pas membre du Club des Trente, le gotha des grands patrons bretons où il fut parrainé par … des prédécesseurs de Jean-Pierre Denis et de son Directeur général, Ronan Le Moal Les mêmes, en leur temps, avaient aussi proposé sa nomination à la tête de la Confédération nationale, en pensant ingénument qu’il y serait plus inoffensif qu’à la direction du groupe strasbourgeois. De quoi, aujourd’hui, faire rire sous cape le grand manitou du CM-CIC, soupçonné de masquer derrière cette prétendue fibre régionale des visées impérialistes beaucoup moins louables. Jean-Pierre Denis en est si convaincu que, pour lui, la seule porte de sortie, dans l’intérêt de la Bretagne et des salariés, est maintenant l’indépendance d’Arkéa. Les prochaines semaines s’annoncent donc agitées.

René Perez
1 Commentaire
  1. j3r3m10@gmail.com

    « Quand il agite le spectre d’un transfert massif et brutal des sièges du groupe et des filiales à Paris ou à Strasbourg, il est sûr de marquer les esprits, même si une telle crainte n’est probablement pas tout à fait fondée. »

    Aucune crainte, il suffit de voir le siège du Crédit Mutuel Anjou pour comprendre que si!
    Pourquoi Michel Lucas conserverait-il des emplois en double s’il prend le contrôle d’Arkéa ?

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