Gwenn-ha-Du

La Chambre régionale de commerce oublie l’Ouest breton

La Chambre régionale de commerce interpelle les candidats aux régionales. Mais aucune des huit priorités qu’elle définit ne fait référence aux difficultés spécifiques de l’Ouest breton. Rennes est-elle trop loin pour en prendre conscience ?

Vu de Rennes, il n’y a sûrement qu’une seule Bretagne. Une région socialement équilibrée et économiquement uniforme. C’est du moins ce qui ressort du Livre blanc de l’Economie bretonne, document en support duquel la Chambre régionale de commerce et d’industrie interpelle les candidats aux élections régionales. Elle dresse huit priorités mais aucune d’entre-elles et aucun chapitre de ce Livre blanc, ne sont consacrés aux difficultés spécifiques de l’Ouest breton, cette partie occidentale qui concentre l’essentiel des handicaps économiques de la Bretagne. Si la Chambre régionale de commerce ne les met pas en évidence, qui le fera ?

Certes, dans le livre blanc, un chapitre est intitulé « Equilibre territorial remis en question ». On suppose que la CRCI va y aborder la problème de la fracture qui se creuse entre l’est et l’ouest de la région mais non ! Le déséquilibre évoqué est celui entre les grandes villes et les zones rurales. Rideau !

Une Chambre hors-sol

Alors on s’interroge. Pour qu’elle semble ignorer ou oublier à ce point le phénomène le plus marquant de ces dernières années, celui qui a notamment généré le mouvement des Bonnets rouges, il faut croire que la Chambre régionale et ses dirigeants chargés de ce Livre blanc sont hors-sol, confortablement installés sur le territoire le plus prospère de la Région et bien éloignés des territoires les plus touchés par la crise.

Le siège de cette Chambre régionale, par un mouvement d’aspiration désormais irréversible et quelques manœuvres en coulisses, a été implanté à Rennes, il y a quatre ans au moment de la réforme, alors que les CCI finistériennes de Brest, Quimper (les deux plus importantes de Bretagne) et Morlaix pèsent 40% de l’ensemble des chambres bretonnes. 40% pas moins. Mais même dans ces cas-là, même quand l’Ouest breton semble avoir l’avantage, à la fin c’est Rennes qui gagne et devient le siège de la Chambre régionale. Le mouvement de concentration se fait toujours dans le même sens. Résultat : les cadres chargés de ce volumineux Livre Blanc n’ont même pas consacré la moitié du quart d’un chapitre à l’Ouest breton, bien trop éloignés qu’ils sont des réalités de terrain que des chiffres mettent pourtant régulièrement en évidence. Dernier en date, publié ici : l’interim en Bretagne en septembre. + 17,6 % en Ille-et-Vilaine, – 5,6% en Finistère.

Rennes et sa ceinture… de chasteté

C’est la CRCI qui interpelle les candidats. Mais on se demande si ce n’est pas l’inverse qui devrait se produire. Que les candidats interpelle la Chambre régionale de commerce pour lui demander si elle est bien au courant des réalités de terrain. Car certains candidats ont, eux, pris clairement conscience et avancent même des propositions. Marc Le Fur, chef de file de la liste UMP, n’a-t-il pas dit qu’en cas de victoire, il implanterait les services de développement économique de la Région à Brest, au plus près des difficultés de terrain ? Il prône également une fiscalité dérogatoire pour éviter à certaines zones de sombrer complètement, tout comme Christian Troadec, chef de file de la liste « Oui Bretagne » qui lui aussi prône une fiscalité de zone franche pour les territoires les plus handicapés.. Mais ce dernier insiste aussi sur le déséquilibre qu’à créé l’hyper-métropolisation de Rennes qui a entraîné une concentration économique tellement large de la ceinture rennaise qu’elle fait désormais l’ effet d’une ceinture de chasteté, ne laissant plus rien passer au profit de son arrière-pays.

Au cas où la CRCI n’en aurait pas conscience, on lui conseille de visionner le documentaire de FR3, « Bretagne, un drapeau, deux couleurs ». Il met clairement en évidence le glissement progressif d’un clivage linguistique entre l’est et l’ouest en un clivage économique de plus en plus manifeste, même si dans la capitale régionale on n’en a qu’une appréciation diffuse.

René Perez
2 Commentaires
  1. jeffroy

    aucune surprise pour moi le Finistère… ? c’est trop loin

  2. Marc

    Inadmissible ! Comment se prétendre une structure régionale du commerce et de l’industrie, donc d’une partie essentielle de l’économie, en passant sous quasi silence la facture territoriale en la matière ?

Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider