Chambord. Coup d’épée dans le lait

Drôle d’endroit pour une rencontre. Les mesures de sécurité étant ce qu’elles sont, c’est à l’abri des murs et du parc du château de Chambord que les ministres européens de l’Agriculture se sont réunis en cette fin de semaine. La première rencontre d’après-Brexit où de toute évidence, la tonalité était à la recherche d’un maximum de consensus pour démontrer que le départ des Britanniques n’allait pas sonner le glas de la politique agricole commune. Leur contribution nette au budget de cette PAC se monte à 7 milliards d’euros et il va falloir, d’une façon ou d’une autre, compenser ce solde, même si l’ambiance est déjà meilleure sans les Anglais, comme n’a pas manqué de le souligner Stéphane Le Foll, avec une perfidie toute britannique.

L’heure n’était pas à chercher comment combler ce déficit futur, ni à entrer dans le fond du problème le plus épineux du moment : la crise du lait. Les positions sont très divergentes sur le sujet, le ministre polonais n’hésite pas à dire que « la fin des quotas a été une grosse erreur », d’autres qu’il n’est pas question de freiner leur hausse de production mais de toute évidence, personne n’avait envie de remettre le couvert sur ce sujet bouillant. Chambord aura donc été un coup d’épée dans le lait et la France est bien seule à avoir résolument annoncé son intention de réduire sa production de 5%. Aura-t-elle un réel effet sur le prix d’achat quand ailleurs la production augmente ? On se penchera sans doute plus résolument sur le sujet lors d’une prochaine rencontre prévue à Bratislava (Slovaquie).

Les ministres ont donc surtout voulu afficher leur attachement à la PAC et plusieurs sujets ont contribué à cimenter l’unité, comme la simplification de l’accès aux aides européennes afin de donner plus de souplesse à l’application de la PAC, le renforcement des positions des agriculteurs face aux distributeurs ou encore des outils de gestion des risques. Autrement dit un système européen apportant plus de sécurité aux producteurs, face aux risques liés aux climats, aux marchés ou aux crises sanitaires. Sur ces trois points, la France aura été gâtée en cette année 2016, une annus horribilis qui aurait été mieux symbolisée par une photo officielle devant une citadelle en ruines que devant les majestueux murs du château de Chambord.

René Perez
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