Centrale de Landivisiau. Des retards à l’allumage

 

L’actualité sociale et les menaces de grève dans les centrales électriques sont venues rappeler que la Bretagne et Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) sont les deux régions les plus en bout de ligne. Et donc les plus exposées à une baisse de charge ou une surchauffe de la demande. Ces situations redoutées depuis de années ont généré le lancement du Pacte électrique breton dans lequel figure le projet de centrale électrique combiné au gaz de Landivisiau. Une turbine au gaz et une turbine à vapeur pour une production de 400 mégawatts, soit l’équivalent d’a peu près autant d’éoliennes.

Cette centrale, octroyée après appel d’offres au consortium Siemens-Direct Energie,  aurait du entrer en service cette année. Mais le projet a du retard à l’allumage. Depuis son lancement en 2012, il a bien passé les étapes de procédure classique, avec feu vert de la ministre Delphine Batho, en 2013, et avis favorable du commissaire enquêteur en 2014 avant qu’un gros caillou ne vienne enrayer la mécanique.

La commission européenne, qui s’est saisie du dossier, a récemment émis de très gros doutes sur ce projet. Venant quatre ans après son lancement, le rapport de la commission démontre que Bruxelles aussi, a du retard à l’allumage. Il lui en aura fallu du temps…

Mais ses conclusions font peser une réelle menace sur ce programme, contesté sur la forme comme sur le fond. D’abord parce que, selon la commission, les initiateurs du Pacte électrique breton (Etat, région, RTE, le Réseau de transport électrique) n’ont pas apporté d’éléments remettant en cause la fiabilité de l’approvisionnement électrique en Bretagne qui n’a subi aucune panne, y compris pendant l’hiver 2012 et ses températures très basses. Quant à l’appel d’offres, selon Bruxelles, il combine plusieurs éléments soulevant des doutes sur sa légalité. En premier lieu, parce qu’il n’offrait aucune alternative, le cahier des charges ne retenant que la centrale à gaz. La commission y voit une entrave à la concurrence et la porte fermée à des solutions substituables. Quant aux compensations financières prévues sur vingt ans au bénéficie de consortium Siemens-Direct Energie, elles s’apparentent, dit Bruxelles, à une aide d’Etat, donc contraire à un principe fondamental du traité européen. Or sans cette compensation, le projet ne tient plus la route financièrement.

Du côté des opposants, on salue cette remise en cause par Bruxelles qui conforte leurs analyses. Chez les partisans, on ne baisse pas les bras et un front commun de dirigeants d’entreprises (les trois Chambres de commerce de Brest, Quimper et Morlaix, l’association Investir en Finistère…) est reparti à la charge pour redire le besoin de sécurité d’approvisionnement si on veut attirer des entreprises dans l’Ouest de la Bretagne, déjà porteuse de sérieux handicaps géographiques.

Le temps, en tout cas, joue contre le projet de centrale. Chaque année qui passe voit le renforcement du parc électrique breton par les éoliennes et bientôt les hydroliennes, réduisant d’autant le rôle dévolu à cette centrale. « Solution obsolète », clament les opposants. « Equipement indispensable » , rétorquent les chefs d’entreprise à qui il aura manqué un élément de preuve dans leur argumentaire : la panne. Le réseau a jusqu’ici supporté tous les pics de demandes, même en période d’anticyclone hivernal, quand la demande est forte et que l’absence de vent contraint les éoliennes à l’arrêt. Même dans ces moments-là,  RTE n’a jamais fait le coup de la panne. Les grévistes peut-être…

René Perez
2 Commentaires
  1. Bonjour,

    Je suis pour ma part chef d’entreprise et n’appelle en aucun cas de mes voeux la construction de cette centrale à Landivisiau ou ailleurs en Bretagne… Nous sommes au 21eme siècle. Ce projet de centrale au gaz est préhistorique. L’avenir de notre région vaut bien mieux que cela !

  2. Les raisons de refuser cette centrale sont également environnementales :

    – sa construction serait totalement contradictoire avec l’engagement de la France de lutter contre l’effet de serre, en particulier par l’usage des énergies fossiles.
    – son fonctionnement ajouterait de la pollution atmosphérique dans une commune déjà largement impactée par la proximité d’une voie à grande circulation et d’un aérodrome militaire.

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