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Les Celtes ont-ils contourné l’Armorique ?

L’Australie est l’invitée d’honneur du Festival interceltique de Lorient. Que cette île-continent soit considérée comme un pays celte peut surprendre de prime abord, surtout quand on pense aux aborigènes ou aux Maoris de Nouvelle-Zélande. Mais il y a bel et bien du celtisme d’importation, arrivé par bateaux entiers sur ces terres où les Ecossais, les Gallois et les Irlandais ont formé les plus gros contingents de migrants. Eux, c’est sûr, ils avaient bien, pour la plupart, quelques maillons celtes dans leurs lointaine ascendance.

Mais l’Australie, après tout, c’est un peu comme la Bretagne. La péninsule armoricaine aussi a été peuplé par celtisme d’importation, arrivé par bateaux avec les grandes migrations irlandaises et galloises des Ve et Vie siècles. Chassés par les Saxons, peuplade belliqueuse venue de terre germanique, Irlandais et Gallois traversèrent la Manche pour passer de la grande à la petite Bretagne. Avec leur langue, leur culture, leurs légendes et leur clergé, essentiellement composé d’ermites. Beaucoup deviendront des saints bretons par sanctification populaire (et non papale) comme en témoigne la Vallée des Saints, le monumental sanctuaire de Carnoët, non loin de Carhaix, dans le Centre-Bretagne.

Aucune tombe celte

Tout cela, on en est sûr. Cette théorie de l’arrivée des Celtes, débarquant par ricochet des iles britanniques, est la seule véritablement établie. Car l’autre théorie d’une arrivée directe des Celtes en Armorique, au moment de leurs grandes migrations continentales, est aujourd’hui contestée.

D’abord, il faut savoir que les Celtes sont originaires d’Europe Centrale et que pendant plusieurs siècles avant JC, ils ont migré vers l’Ouest à la poursuite du soleil. Ce mouvement migratoire les a tellement occupés qu’ils ont oublié d’inventer l’écriture et que ce sont d’autres qui se sont chargés d’écrire leur histoire. Entre autres Jules César, avec toutes les approximations manifestes ou les inexactitudes avérées.

Pendant plusieurs siècles avant notre ère, ils ont donc ainsi avancé en assimilant peu à peu les peuplades dont ils occupaient le territoire. Jusqu’à arriver dans les parages de la péninsule armoricaine. Et là que font-ils ? « Ils ne vont pas plus loin » , affirme l’historien et archéologue Yannick Lecerf. Une branche se dirige vers le nord puis les îles britanniques en imprimant fortement l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande, l’autre vers le Sud où des régions comme la Gallice, en Espagne, cultivent aujourd’hui ardemment leur celtitude.

Selon Yannick Lecerf, la terre bretonne ne révèle aucune trace de l’arrivée des Celtes à cette époque-là. Alors qu’on a trouvé près de 300 tombes celtes dans plusieurs régions de l’Hexagone, aucune n’a été mise au jour dans l’Ouest. Selon lui, les éléments constitutifs du passage des Celtes ne sont nullement visibles. Idem pour la mythologie celtique bretonne : elle est empruntée à celle des îles britanniques.

Pour lui comme pour l’historien Patrick Galliou (« Les Auvergnats auraient autant leur place que les Bretons au festival interceltique »), la grande migration celte a contourné la Bretagne. « Probablement, indique Yannick Le Cerf, parce qu’ils sont tombés sur une population homogène, bien organisée avec de vrais chefs. Et qui étaient capables de dresser verticalement des pierres pesant pourtant plusieurs dizaines de tonnes ». Il est donc quasi-certain, selon lui, que les Celtes ont préféré ne pas trop se frotter à ces Armoricains qui ne les avait pas attendus pour réaliser d’incomparables champs de mégalithes et dont le mode d’organisation était assez avancé pour repousser toute tentative d’assimilation par d’autres. Cette théorie, bien sûr contestée par les tenants du celtisme originel, rappelle un peu celle d’un village d’irréductibles qui, plus tard, réussit à tenir à distance l’envahisseur…

René Perez
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