Catherine Deneuve et les agriculteurs

D’habitude, en recevant ce prix-là, les lauréats remercient plutôt leurs producteurs ou réalisateurs. Mais Catherine Deneuve a surpris son monde, vendredi soir, en dédiant aux agriculteurs français le prix Lumière qu’elle venait de recevoir. Première femme lauréate de cette distinction attribuée chaque année depuis 2009 à un cinéaste ou un interprète pour l’ensemble de son œuvre, Catherine Deneuve est allée sur un terrain ou personne ne l’attendait. Que des actrices très engagées ou habituées des coups d’éclat comme Nicole Garcia ou Mathilde Seigner aient fait une telle annonce aurait probablement moins surpris. Le choix de l’îcone du cinéma français est d’autant plus marquant que sa filmographie ne la situe pas particulièrement dans l’univers rural.

Plus qu’une déclaration de dirigeant agricole, cette dédicace de l’actrice qui fut longtemps la préférée des français, a une forte portée et aura probablement de l’écho. A la mesure du marasme que traverse la profession et comme les femmes sont plus sensibles à la détresse des autres, il fallait que ce soit une femme qui s’en fasse l’interprète dans un espace à très forte résonnance médiatique.

La détresse, le mot n’est pas trop fort. Certes, dans un secteur d’activités aussi disparates, certains s’en sortent toujours mieux que d’autres. Mais globalement, c’est une année sinistre que vit le monde agricole ou tout semble s’être conjugué pour accumuler les nuages noirs au-dessus des plaines françaises. La crise laitière qui étrangle les éleveurs, les inondations qui ont plongé les céréaliers et nombre d’autres secteurs dans un scénario catastrophique, l’embargo qui poursuit ses effets décapants… Même les producteurs de miel sortent lessivés des conséquences des intempéries.

Les chiffres annoncés cette semaine donnent l’ampleur du désastre : plus d’un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 euros par mois. Certes, beaucoup de secteurs professionnels traversent eux aussi des heures difficiles. Mais on est ici dans le plus vieux métier du pays, celui qui  a fondé la puissance de la France et qui reste le socle de la vie quotidienne les trois quarts de l’hexagone.

Le malaise est profond. Et par un écho paradoxal, Catherine Deneuve a dit, en trois mots seulement, que ce n’est pas du cinéma.

René Perez
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