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Encore un Casino en Bretagne : le casino de trop ?

Jeu de chaises musicales ou traduction d’un marché saturé : quand les casinos s’éteignent en Bretagne, d’autres s’élèvent pour prendre leur place. Un nouvel établissement a ouvert ses portes à Larmor-Plage vendredi dans un climat incertain.

Un quinzième casino a ouvert ses portes le vendredi 6 novembre en Bretagne, le 5ème dans le Morbihan. C’est à Larmor-Plage, cité balnéaire près de Lorient, qu’a été inauguré le nouveau bâtiment construit face à la mer sous la marque Casinos de Bretagne (SBEC, Société bretonne d’exploitation des casinos). Un coup d’éclat pour le réseau de 5 établissements implanté uniquement sur la région, et qui érige à quelques mois d’intervalle deux casinos neufs à Vannes et Larmor-Plage. Tandis que les géants du secteur sont à la peine, puisque le groupe Partouche a fermé son établissement de la Trinité fin juin et que Barrière a mis en vente celui de Carnac. Ainsi, sur une portion de littoral de 90 km, la SBEC dispose de 3 établissements (avec Quiberon).

Passer par des casinos provisoires pour préparer l’implantation

A Larmor-Plage comme à Vannes, les inaugurations ne sont que partielles : elles concernent les bâtiments, flambants neufs, mais les casinos étaient déjà installés depuis quelques mois dans des locaux provisoires (une ancienne salle de spectacle à Vannes, un bowling à Larmor-Plage). Lors d’une interview accordée au Parisien en août dernier, le président de la SBEC, Hugo Corbillé, confiait sa stratégie « Ces casinos provisoires nous permettent de mieux connaître notre clientèle et d’adapter les futurs locaux en conséquence et en fonction des attentes. De 75 machines et 35 personnes pour l’instant, nous passerons à 150 machines et 80 salariés par établissement. » Par ailleurs, le groupe mise sur une offre de services dépassant le simple jeu : mariage clé en main, spectacles, location de salle… « Notre philosophie est différente. D’abord, nous sommes présents uniquement en Bretagne, ce qui facilite la réactivité. Et surtout, nous voulons offrir un concept de complexe de détente. Nous visons ceux qui ne s’intéressent pas qu’aux machines à sous. »

Un numerus clausus des casinos ?

Si les casinos n’attirent pas assez de joueurs, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a pas assez de joueurs pour remplir tous ces (nombreux) casinos : on en arrive à un phénomène de saturation déjà présent aux Etats-Unis. Reste que le marché du jeu en France semble bien se porter, mais que celui des casinos s’essouffle. Selon l’organisation Casino de France*, le produit brut des jeux (PBJ)** des casinos dans l’hexagone s’élève à plus 2,2 milliards d’euros, accusant une baisse de 22,5% depuis l’exercice 2007-2008. Les machines à sous génèrent 1,9 milliards d’euros de produit brut et représentent 89,49% du produit total des jeux des casinos. Trop de casinos tuent les casinos ? En 2014, la France comptait 198 salles de jeux actives sur son territoire, contre 170 en 2001. Le pays possède l’un des taux les plus élevé du nombre de casinos par habitant, justifié pour certains par la fréquentation touristique. Le problème rencontré dans le Morbihan de la « guerre des casinos » s’est déjà présenté sur la Côte d’Azur. Le groupe Partouche a lancé une bataille judiciaire pour empêcher l’ouverture de deux établissements qui mettraient en péril son Casino de Bandol (Var). Dans le même temps, le syndicat FO appelle à l’instauration d’un numerus clausus pour limiter les ouvertures. Aux Etats-Unis, pour enrayer ce phénomène de saturation, les casinos se transforment en centres commerciaux, accueillant des Boutiques-Hotels et tentant d’attirer plus de clients et de drainer un public plus large. Est-ce là le renouveau du modèle du casino ? Un lieu polyvalent pour jouer, boire, danser, manger et recevoir des congrès ou des communions ? Affaire à suivre.

 

* Syndicat professionnel regroupant une centaine de casinos

** le PBJ est la différence entre les mises des joueurs et les gains versés par les casinos

Anne-Laure Jaouen
1 Commentaire
  1. Marc

    Article très intéressant et qui pose bien les donnes du problème trouver de nouvelles formes pour attirer le client ou mourrir.
    Je rajoute juste que celui qui touche la plus grosse part du produit brut des jeux c’est l’Etat bien avant les collectivités locales ce qui peut permettre de comprendre l’inflation de casinos et l’ouverture de certaines zones autrefois non autorisés à l’implantation de casinos. Mais n’y a t il pas le risque de tuer la poule aux œufs d’or ?
    Par ailleurs les casinos font face à la concurrence des jeux en ligne. Du coup ils peuvent avoir la tentation d’abandonner les anciens casinos de prestige dans les stations touristiques au profit de bâtiments moins onéreux proches des rocades avec d’immenses parkings. Pas sûr que l’architecture soit gagnante !

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