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Brittany Ferries. La compétitivité retrouvée

La compagnie Brittany Ferries a été élue Entreprise bretonne de l’année 2016 aux Victoires de la Bretagne, manifestation organisée jeudi soir à Saint-Brieuc par le groupe Le Télégramme. Un trophée qui peut surprendre, tant la compagnie maritime fait partie du paysage breton depuis sa création en 1972 par Alexis Gourvennec. Mais en l’occurrence, il ne s’agit pas d’attribuer une distinction honorifique à Brittany Ferries pour l’ensemble de son œuvre mais bien de saluer la renaissance d’un groupe qui a provoqué de légitimes inquiétudes en Bretagne. Au point même de voir se profiler la fin d’une histoire singulière de paysans devenus marins, tant la situation était devenue précaire en 2011-2012, accentuée par la concurrence régnant sur le trafic transmanche.

Le syndrome corse

En ces années de crise, la tension est palpable. La compagnie est en perte de vitesse, le déficit s’accentue invariablement et même le syndrome corse plane sur les quais, faisant craindre que la Brittany Ferries connaisse à son tour le destin de la SNCM, la compagnie corse filant droit vers les récifs.

Dans cette ambiance tendue, le bras de fer est palpable entre les marins et la direction du groupe, toujours tenue par les successeurs d’Alexis Gourvennec, ces agriculteurs du Léon pour qui un sou est un sou et qui sortent la gousse d’ail dès qu’ils entendent parler de déficit. Vade retro ! Et entre marins endurcis et paysans durs au mal, le bras de fer ne peut que faire que des étincelles. Et ça ne manque pas lorsque les seconds, avec à leur tête Jean-Marie Roué, le président du groupe, concluent que la seule solution pour renflouer la Brittany Ferries passe par un plan de retour à la compétitivité avec augmentation du temps de travail annuel et gel des salaires.

Les réactions sont immédiates et si opposées à un tel accord que la direction décide le black out des navires, restant à quai pour un temps indéfini. Le genre de situation qui effraie les clients et partenaires mais réjouit la concurrence. Part-on pour un conflit mortifère menant, à l’instar de la Corse, vers un naufrage programmé ? Au bout d’une semaine de fortes tensions et de bateaux à quais, les positions se font moins radicales et les angles s’arrondissent. La CGT puis la CFDT finiront par convenir d’un accord sur l’augmentation du temps de travail (de 160 à 168 jours) et un gel des salaires limité dans le temps.

Un rebond spectaculaire

L’ambiance n’est pas folichonne à la reprise du travail mais la Brittany relève peu à peu la tête. Le trafic reprend, les courbes s’inversent, les clignotants repassent au vert et en 2015, la compagnie réalise un tel rétablissement que, comme ce fut la cas jadis pour Alexis Gourvennec, c’est cette fois Jean-Marc Roué qui est approché pour venir en Corse épauler des repreneurs de la SNCM.

Et cette année, les chiffres sont encore flatteurs malgré le Brexit, marquant une hausse spectaculaire depuis la sombre année 2012. Sur ces quatre années, +25 % sur le trafic passagers transmanche, +17 % sur l’Espagne et +23 % sur le fret.

Les candidats à la présidentielle qui parlent tous ou presque de retour à la compétitivité peuvent-ils s’inspirer de l’exemple de la Brittany Ferries ? Le jury des Victoires de la Bretagne ne s’est pas posé cette question. Il a marqué d’un trophée la renaissance de la compagnie qui emploie le plus de marins français (1.700).

Julien Perez
1 Commentaire
  1. GBfroggy

    C’est un article peu profond et je pense que les 8 jours de travail supplementaires ne peut pas se traduire par des augmentations de trafic si spectaculaire.
    Je pense que Calais et ses problemes est la source principale de ces bon resultats, pas les 8 jours supplementaires de travail .Dieppe ne s’en cache pas.
    Le journaliste a fait le minimum dans son analyse.

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