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Brexit. « On ne peut pas faire confiance à l’État »

Les ports bretons Brest, Roscoff et Saint-Malo n’ont pas été intégrés aux routes du corridor atlantique dans le cadre des « plans d’urgence » européens en cas de Hard Brexit. Jean-Marc Roué, le président de Brittany Ferries et d’Armateurs de France suit le dossier Brexit de près. Il pointe la faillite de l’Etat dans la gestion du problème.

Comment analysez-vous la décision de la Commission ?

Tout d’abord, cette bataille n’était pas totalement inutile, même si la négociation n’a pas abouti à l’idée optimale que l’on avait : une inscription de nos ports bretons comme ports centraux dans les corridors Mer du Nord, Méditerranée et Atlantique. (L’enjeu financier est de taille, voir ci-dessous*)

Il faut savoir qu’afin d’entrer dans ces réseaux, il faut d’abord être port global, puis port central. Quand Violeta Bulc, la commissaire européenne au transport, a proposé en août dernier d’inscrire les ports du nord de l’Europe à l’intérieur du corridor Mer du Nord / Mer Méditerranée, c’est parce qu’ils sont déjà des ports centraux.

La décision de la commission européenne est en ce sens une semi-victoire car elle a accepté d’avancer son calendrier de révision, initialement prévu en 2023, à 2021. Les ports bretons et normands peuvent donc espérer une inscription comme ports centraux. Mais cela ne veut pas dire que les arguments seront différents dans deux ans : le dispositif européen qui régule les corridors a une difficulté majeure à se réformer de l’intérieur pour accepter des changements qui ne sont pas programmés au moment des prises de décisions tous les 6 ans…

Les ports bretons vont-ils être abandonnés ?

Nous avons démontré qu’il y a un besoin de dispositif d’aide à l’investissement pour les infrastructures bretonnes, et normandes, à l’équivalent de ce qui existe dans les réseaux centraux. Il y a un réel besoin pour les territoires excentrés de créer une nouvelle enveloppe en fonction de leurs projets. Nous continuerons à défendre cela !

L’Etat a été en retrait sur cette affaire. Vous comptez encore dessus pour avancer ?

Je ne compte plus sur l’Etat. Ce dernier a démontré qu’il n’était pas capable de trouver un seul allié sur la région atlantique, que ce soit l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, pour venir défendre, avec nous, la position de la députée Karima Delli (la présidente de la Commission des transports et du tourisme du Parlement européen, très active pour la défense des ports français dans le cadre du Brexit) . Je souhaite d’ailleurs la féliciter parce qu’elle a compris nos arguments et réussi à convaincre l’ensemble de la commission des transports du parlement européen.

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*Afin de pouvoir bénéficier de subventions européennes via le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, les ports doivent être expressément intégrés aux réseaux transeuropéens de transport. Ces subventions représentent près de 26 milliards d’euros sur la période 2014-2020. Ces financements devraient être complétés par l’instauration d’un fonds d’urgence destiné à combler d’éventuelles pertes de trafic liées aux nouveaux tarifs douaniers et à l’augmentation des temps de contrôle des marchandises dès l’instauration d’une nouvelle frontière avec le Royaume-Uni.

Bretagne Bretons
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