Brexit. Les pêcheurs européens serrent les rangs

Cette fois, c’est fait. La procédure pour le Brexit vient d’être lancée par Theresa May et en 2019, date de fin du processus de sortie du Royaume-Uni, bien des choses changeront dans le panorama européen. Y compris Outre-Manche, surtout si l’Ecosse pousse jusqu’au bout ses velléités d’indépendance pour rester arrimée à l’Europe.

Parmi les dossiers chauds figurera en bonne place celui de la pêche dans les eaux britanniques. Le Royaume-Uni a entre les mains un atout redoutable dans le jeu des négociations qui vont bientôt s’ouvrir. Du jour au lendemain, il pourrait fermer ses eaux territoriales aux bateaux étrangers et on imagine l’impact quand on sait que les Bretons, par exemple, capturent entre 30 et 50 % de leurs prises dans ces poissonneuses eaux froides et qu’il n’y a nulle possibilité, pour les navires concernés, de se reconvertir dans la pêche côtière déjà trop bien exploitée.

A la table des négociations, ce ne sera qu’un face à face : Royaume-Uni et Union européenne. Pas question que chaque pays essaie de négocier avec les Britanniques puisque la pêche est de compétence exclusive de la communauté européenne. C’est du reste la raison pour laquelle les pêcheurs des pays concernés par le Brexit viennent de se réunir à Bruxelles au sein de leur European Fishers Alliance. Allemands, Espagnols, Hollandais, Polonais, Français… Ils veulent faire pression sur les négociateurs pour que la pêche ne soit pas bradée dans les négociations féroces qui se profilent. D’autant que la tenaille ne serait pas loin : non seulement les Britanniques fermeraient leurs eaux mais avec les ressources de leurs eaux, ils pourraient inonder le marché européen de produits de la mer à prix bradés qui déstabiliseraient complètement ce secteur d’activité. On mesure le redoutable effet de ciseau.

Alors certes, les pêcheurs français vivaient bien de leur activité avant l’entrée du Royaume-Uni et de ses eaux dans le Marché commun, en 1973. Ils n’avaient pas, jusque là, un besoin impératif des eaux britanniques pour vivre. Mais la  donne a sévèrement changé avec l’adhésion de l’Espagne et du Portugal, en 1986 , qui a presque fait doubler le nombre de pêcheurs européens tant ces deux pays ont une abondante flottille. Et on se souvient encore des frictions allant jusqu’aux bords à bords dans le conflit de l’anchois entre pêcheurs français et espagnols.

On imagine donc le scénario qui pourrait se profiler pour les pêcheurs français, et les Bretons en particulier, s’ils sont du jour au lendemain confrontés à la fermeture des eaux britanniques au nord et à l’activisme de la pêche espagnole au sud.

Le futur président de la République et son gouvernement auront intérêt à être très convaincants auprès de Michel Barnier, le négociateur européen en chef pour le Brexit. Face à des Britanniques toujours redoutables dans ce genre d’exercice, la pêche sera un enjeu majeur du bras de fer qui s’annonce.

 

René Perez
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