Brexit. Déjà des embrouilles en mer

C’était prévisible. Dans le contexte de crispations entre le gouvernement de Boris Johnson et l’Union européenne, la tension est de plus en plus palpable en mer dans certaines eaux britanniques fréquentées par les pêcheurs bretons et normands. Il fallait s’y attendre. Et les témoignages recueillis lors des Assises de la mer qui viennent de se tenir à Granville ne font que dessiner un scénario hautement prévisible tant les circonstances s’y prêtent.

La première, c’est que dans les eaux françaises on a assisté, l’an dernier, à des affrontements bords à bords quand des pêcheurs anglais se sont mis en tête de venir draguer le coquille saint-jacques en baie de Seine (ils ont des droits dits historiques) mais en s’exonérant des règles drastiques que s’imposent les pêcheurs français pour préserver la ressource. Le coup de force a entraîné une réaction jugée légitime, côté français. En grands amateurs de foot, les Anglais savent qu’il y a toujours un match retour et c’est cette fois sur leur terrain que les hostilités deviennent manifestes, y compris de la part des navires de l’administration anglaise, secondés par des bateaux de pêche, si on en croit ces témoignages.

Les pêcheurs britanniques se sentent d’autant plus légitimes à s’imposer sur leur territoire qu’ils ont très majoritairement voté en faveur du Brexit. Ce sont les zones littorales qui ont le plus massivement approuvé la sortie de l’Europe, en lien justement avec ce désir de retrouver leur entière maîtrise de leurs eaux territoriales, parmi les plus poissonneuses de la planète.

Et puis, dans ces formes d’intimidation, comment ne pas voir une forme de prolongement contemporain de la souveraineté que les sujets de Sa Gracieuse Majesté ont exercé pendant des siècles sur les mers. Elle est bien ancrée dans le tempérament britannique et si l’occasion se présente de montrer ses muscles devants ces frogs de Frenchies… La tentation est d’autant plus forte que la mer est un espace ouvert, territoire de liberté où on peut être hors-la-loi sans voir débouler dans le quart d’heure les forces de police et de maintien de l’ordre, voire même les agents du fisc !

Les Anglais sont sur le terrain qu’ils adorent, ces mers propices à la flibuste où les frictions ne font que commencer, surtout quand l’attitude agressive de Boris Johnson ne fait que les encourager. Et même en cas d’accord futur avec l’Union européenne sur l’accès à ces eaux britanniques, on peut parier que les cas d’embrouilles ne vont plus manquer.

René Perez
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