Brexit. « Casse-toi tu mues et marche à Londres »

Molière en aurait fait une farce et Shakespeare aurait soupiré « Brexit or not Brexit ? ». Car enfin, depuis que le Royaume-Uni a décidé de larguer les amarres et de s’éloigner du continent, on assiste à une drôle de double volte-face. D’abord côté anglais, on a l’impression que plus personne ne veut partir. David Cameron démissionne mais annonce qu’il va rester là au moins jusqu’à l’automne, que de toute façon, il n’y a pas le feu à la Tamise et qu’on peut tenir la porte ouverte pendant quelques années encore sans pour autant la claquer. A l’écouter, dans dix ans on y est encore.

Alors on pense que Boris Johnson, ex-maire de Londres et spécialiste du triple salto arrière, va pousser dans le dos Cameron pour prendre sa place au plus vite puisqu’il est déjà le successeur désigné. Peanuts, oui ! Le meneur du Brexit, non plus, n’a plus l’air très pressé et après s’être fait huer par la foule à la sortie de son domicile, il semble considérer qu’il est urgent de lancer une course de lenteur. Wait and see et les vaches seront bien gardées.

Pendant qu’on regarde tout ça d’un oeil dubitatif, voilà que les Londoniens se rebiffent, veulent éparpiller Boris façon puzzle et rêvent d’indépendance de leur ville, tout comme les Ecossais et les Irlandais se voient eux aussi libérés de l’ombre tutélaire du Lion anglais. Bref, c’est le binz, comme dirait Sa Très Gracieuse Majesté.

Mais en face , c’est pareil. A part Angela Merkel, tout le monde s’énerve. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qui d’habitude n’est pas plus excité qu’un gastéropode de Bourgogne, monte sur ses petits chevaux. Allez zou, faut qu’on règle ça en vitesse et qu’on en finisse. C’est pas du cheval qu’il a mangé, c’est du rosbeef. Hollande, quant à lui, devient carrément rock n’roll. Il met sa casquette à l’envers et balance à Cameron « Casse-toi tu mues et marche à Londres ». Il lui demande de démissionner sur le champ en prenant des accents martiaux dont il n’est pourtant pas coutumier et en se poussant du col sur la scène internationale pour faire oublier ses déboires hexagonaux. On imagine à quel point les Anglais doivent apprécier qu’un Frenchie bouffeur de grenouille vienne leur dire ce qu’ils doivent faire. Mais après tout, la revanche est douce : ce fourbe de Cameron n’avait-il pas claironné qu’il était prêt à dérouler le tapis rouge pour accueillir tous les Français qui voulaient fuir la Hollandie hexagonale ? By Jove, c’est lui qui a fini par se prendre les pieds dans le tapis.

Bref, entre ceux qui ont décidé de partir et qui maintenant disent « retenez-moi » et ceux qui ne voulaient pas d’un Brexit et qui poussent les Britanniques vers l’ « exit » à grands coups d’épaules, on a l’impression, dans l’histoire récente, de n’avoir jamais vu les politiques franco-britanniques faire autant de numéros de trapèze. A part bien sûr, Madame Thatcher.

René Perez
1 Commentaire
  1. Le Brexit …. ou le profond silence des élus bretons .

    Je ne reviendrai pas ici sur le Brexit en tant que tel mais sur un fait qui me semble assez significatif de l’état actuel de la Bretagne.

    D’autres ont expliqué en long et en large les liens séculaires entre la Bretagne et les îles britanniques: liens historiques, culturels, économiques. Sans parler des milliers de Britanniques vivant en Bretagne et de Bretons vivant outre-Manche.

    Alors lorsque survient un évènement d’importance comme le référendum dit du Brexit qui doit conditionner l’avenir des nations britanniques et leurs relations avec leurs voisins, l’on se serait attendu à entendre nos responsables politiques donner de la voix avant le référendum et après le référendum.

    Vous avez entendu quelque chose, vous ? Rien de la part du Conseil régional qui a pourtant signé un accord de coopération avec le Pays de Galles, rien des départements, rien des villes jumelées avec des cités d’outre-Manche, rien de Lorient qui accueille des milliers d’artistes britanniques chaque année, etc… Rien de rien à part une réaction de Christian Troadec. Autrement aucune institution bretonne n’a émis quelqu’avis que ce soit ni avant ni après.

    Pour une fois, remercions Le Télégramme d’avoir largement parlé du Brexit et de ses conséquences pour la Bretagne, y compris un billet de René Perez qui a évoqué les liens séculaires entre petite et grande Bretagne.

    Finalement, ce silence est est tout à fait significatif de l’idée que se font ces responsables politiques et autres de la Bretagne, une province qui n’a rien à dire à l’international. Obnubilés par Paris, ils en oublient les liens fondamentaux de la Bretagne avec ses voisins d’outre-Manche, ils ne donnent aucune dimension européenne à la Bretagne . La Bretagne est aux abonnés absents. C’est pitoyable …

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