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Bretagne. Ce ver marin qui sauve des vies

Sur les plages, on distingue sa présence grâce aux petits tortillons qu’il laisse sur le sable. Mais en science, ce ver marin appelé arénicole, et plus communément lombric chez nous, se distingue par d’étonnantes propriétés qui en font une espèce phénomène, lointaine cousine de l’humanité . La raison ? Son sang est compatible avec celui des humains, quel que soit le groupe sanguin. Il est porteur universel, ce qui a ouvert un fabuleux champ d’opportunités pour créer des substituts sanguins.

A l’origine de cette découverte, un chercheur du CNRS, Franck Zal. C’est lui qui a le premier mis en évidence cette étonnante similitude sanguine remontant probablement à l’aube du règne animal. Depuis cette découverte, il a quitté le CNRS avec ses brevets sous le coude (et après un bras de fer avec cet institut) pour venir s’installer à Morlaix, dans ce Finistère département pilote des biotechnologies marines. Créateur de la société Hémarina qui compte aujourd’hui une quarantaine de salariés, il vient de recevoir le trophée CCI France International qui distingue les entreprises au potentiel de développement le plus prometteur. Une projection dans le futur pour repérer les champions de demain.

Lancement à l’américaine

Ces perspectives d’avenir sont déjà solidement enracinées. Surtout depuis que la société bretonne a signé un contrat de collaboration avec l’armée américaine qui lui a valu d’accrocher quelques étoiles au revers de sa notoriété naissante. Les militaires U.S. ont été convaincus des énormes potentialités liées à ce particularisme sanguin pour le transport d’organes et les transplantations, parfois effectuées sur le théâtre même des opérations.

L’hémoglobine du lombric permet une bien meilleure conservation des organes transplantables, offrant ainsi plus de confort aux médecins qui, avec la méthode actuelle, ne disposent que de 5-6 heures pour effectuer cette opération en urgence absolue. Avec la produit à base l’hémoglobine de l’arénicole, ils disposent d’une vingtaine d’heures. Un progrès considérable quand on sait que près de 50 % des greffons sont perdus faute d’avoir pu être implantés à temps. Le lombric va donc permettre de sauver beaucoup de vies.

Dans tout le secteur hospitalier, on imagine les champs d’application ouverts, des pansements oxygénants aux transplantations d’organes. Avec, à un horizon plus ou moins lointain, la possibilité de réaliser des transfusions sanguines. Personne n’en parle ouvertement mais tout le monde l’imagine virtuellement puisque si compatibilité il y a, elle pourrait un jour aller jusque là.

En attendant, la société savoure ce nouveau trophée après celui octroyé l’an dernier par les Franco-American Business Awards, saluant le potentiel de cette entreprise qui a ouvert une antenne à Boston, pour être bien présente sur un marché américain qui lui a déjà ouvert les bras.

Quant aux lombrics, ils ignorent tout de ces fascinantes perspectives. Par milliers, ils se reproduisent tranquillement dans une nurserie installée sur l’île de Noirmoutier, regrettant sans doute de temps à autre de ne pas pouvoir aller dessiner quelques tortillons sur le sable des plages, selon une technique remontant à quelques millions d’années.

Pierre Vincent
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